‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 125 sur 215 · CONSERVATOIRE DE SAINTE-MARIE DU REFUGE · texte numérisé non relu

CONSERVATOIRE DE SAINTE-MARIE DU REFUGE

conservatoire reçoit les jeunes filles de treize à vingt-six ans, orphelines et privées de soutien. L'usage général d'admettre les élèves plus jeunes est certainement trèslouable; mais il est fort utile aussi qu'il y ait un lieu comme celui que nous visitons en ce moment, pour sauver de tous périls les femmes un peu plus âgées. On y compte environ cinquante pensionnaires élevées dans la piété, dans le travail et dans l'habitude des occupations domestiques. Elles achètent elles-mêmes leur uniforme noir sur le salaire de leurs travaux en lingerie, broderie et ornements sacrés.

Le soleil était sur son déclin lorsque nous descendîmes du Janicule. La journée avait été bonne : nous avions fait une riche moisson, et un échange continuel d'observations occupa le long trajet que nous avions à parcourir jusqu'à la rue des MacellL Sur tous les points de la cité nous avions vu la charité romaine postée pour saisir et cacher dans son sein maternel, et la jeune fille délaissée, et l'innocente orpheline. Intelligente dans sa tendresse, elle proportionne l'éducation à la^ position future de ses pupilles; point de luxe d'instruction, point de délicatesse dans les habitudes, point de recherche dans les vêtements ; l'éducation est à la lettre l'apprentissage de la vie.

Mais ce qui nous avait surtout frappés, c'est le soin d'assurer l'avenir de la jeune orpheline. Rome ne fait pas les choses à moitié ; tandis qu'ailleurs l'adoption n'est que temporaire, ici elle est perpétuelle. Si cela lui convient, la jeune fille peut vivre et mourir dans l'asile qui accueillit son enfance. Si ses goûts l'appellent ailleurs, on ne lui laisse franchir le seuil du conservatoire qu'au moment oii son sort est assuré, soit par le mariage, soit par la profession religieuse. Ainsi sont prévenus les

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terribles dangers préparés à h jeune fille pauvre, partout oh cette sage conduite est inconnue : qu'arrive-t-il, en effet, le plus souvent parmi nous ?

Vers l'âge de seize à dix-huit ans, on congédie de l'hospice l'enfant orpheline ou abandonnée. Seule, sans appui, sans expérience, elle entre comme domestique dans la première maison qui lui ouvre la porte. Bientôt elle sera perdue ; elle deviendra un scandale public et rougira peut-être ses mains homicides dans le sang de l'innocence ou remettra des enfants à la charge de la charité publique, en attendant qu'elle aille elle-même peupler les prisons ou mourir à l'hospice. Ainsi, sous le rapport moral, et même sous le rapport économique, l'adoption perpétuelle est incontestablement préférable.

Enfin, ce qui est cligne de toute l'attention des économistes vraiment dignes de ce nom, c'est la dot si généreusement accordée dans tous les conservatoires à la jeune fiancée ou à la future religieuse. Il y a là, ce me semble, tout à la fois une profonde connaissance du cœur humain, une volonté bien arrêtée d'assurer le plein succès de la première éducation et une puissante garantie pour les bonnes mœurs : c'est ici le caractère propre de la charité romaine. Nulle part elle ne se montre plus généreuse que dans la création des dots pour les jeunes filles pauvres qui veulent se marier ou entrer en religion.

Aussi il serait impossible de faire un dénombrement exact de toutes les dots qui se distribuent chaque année dans Rome si maternelle, si clairvoyante et pourtant si peu connue. Outre celles que des familles riches ont constituées, il faudrait compter les dons matrimoniaux des monastères, des chapitres, des congrégations, des nombreuses confréries : il suffit de dire que presque

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toutes les œuvres de religion et de charité ont à satisfaire à des legs pieux faits dans ce but. Il n'est pas jusqu'à, la loterie qui ne doive fournir des secours dotaux.

A chaque tirage de Rome, elle doit donner 500 dots de 30 écus à autant de jeunes Romaines indigentes dont les noms se trouvent accolés aux cinq numéros sortants. Les tirages qui se font dans les autres villes sont soumis à la même obligation. En outre, le sénateur de Rome distribue chaque mois trois dots à trois filles des membres de la milice urbaine. Pie VII en a créé plusieurs pour les filles et petites-filles des malheureux naufragés, perdus sur les côtes de l'Adriatique. En un mot, Rome distribue chaque année douze cents dots, et comme le nombre des mariages est de mille quatre cents, presque toutes les filles peuvent en profiter : 32,000 écus sont consacrés à cette œuvre i.

Le bienfait s'étend non-seulement aux jeunes filles élevées dans les conservatoires, mais encore à celles qui habitent au sein de leur famille. Ici se manifeste avec un éclat nouveau le côté moral de la dotation. La célèbre confrérie de l'Annonciation, qui distribue chaque année quatre cents dots, exige, pour admettre la jeune fille à ses largesses, qu'elle soit pauvre, de bonne réputation, Romaine, née de légitime mariage, et qu'elle n'habite point avec des personnes suspectes. Les orphelines sont préférées à toutes les autres; et si elles sont étrangères, on les considère, par ce seul fait de leur abandon, comme Romaines.

Afin d'obliger les parents à veiller efficacement sur leurs filles en les éloignant de toute profession suspecte, la confrérie exclut celles qui vivent dans les hôtels,

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vont travailler aux vendanges, aux coupes de bois, aux maisons, les aubergistes, cabaretières, blanchisseuses et grènetières. Dès l'âge de quinze ans, celles qui ne sont dans aucun cas d'exclusion peuvent déposer entre les mains de l'archiconfrérie leurs certificats. Les visiteurs, choisis parmi les hommes les plus mûrs et les plus probes de la société, vont s'assurer dans la maison même de leur pauvreté et de leur conduite. Après trois ans de surveillance et d'épreuve, elles obtiennent leur dot. Cette espèce de patronage, qui s'exerce pendant les trois années les plus périlleuses de la vie sur les jeunes filles qui sollicitent des dots et qui sont fort nombreuses dans la ville, doit influer très-avantageusement sur la morale publique.

Le jour de l'Anonciation, on délivre le diplôme dotal, et je dois dire qu'on est heureux d'être à Rome ce jour-là. Dans la matinée, le Saint-Père se rend à l'église de la Minerve ; il y tient chapelle papale, c'est-à-dire qu'il assiste, environné du Sacré-Collège, à la messe qui est célébrée par un des cardinaux. La vaste église est pleine de monde ; aux places d'honneur sont toutes les jeunes filles vêtues de blanc. Après la messe, le Saint- Père admet au baisement des pieds quelques-unes de ces heureuses enfants. Elles représentent celles de leurs compagnes qui, comme elles, se destinent à la vie religieuse.

Le même jour, elles font toutes ensemble une procession solennelle ; puis elles se séparent, les unes pour entrer dans le monde, les autres pour se retirer à l'ombre du cloître : bien des larmes coulent des yeux des enfants, des parents et des spectateurs. Toutefois, s'il y a séparation, il n'y pas isolement. Ces deux jeunes générations, réunies un instant sur le chemin de la vie,

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