‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 128 sur 215 · HÔPITAL DE SAINT-JACQUES · texte numérisé non relu

HÔPITAL DE SAINT-JACQUES

posée d'un prélat, d'un ecclésiastique et d'un laïque, dirige l'hôpital; un prieur surveille la discipline : voilà pour le matériel. Quatre chapelains administrent les secours spirituels aux malades, visités en outre par de charitables prêtres et de pieux laïques. De leur côté, les dames qui viennent servir et consoler les femmes infirmes s'efforcent de les ramener à une vie chrétienne : elles réussissent souvent. Terminons ce qui regarde les soins spirituels par cette touchante parole d'un historien : « Heureux, dit-il, les pauvres qui finissent leurs jours à Saint-Jacques; d'abondantes prières leur sont assurées après leur mort1. »

A la tête de ses bienfaiteurs, l'hôpital vous montre deux cardinaux et un pape dont les noms bénis vivront à jamais dans le cœur des pauvres. En 1338, le cardinal Jacques Colonna s'aperçut que les malades couverts d'ulcères et de plaies étaient, à cause de la laideur et de la longueur de leurs maux, rejetés des hospices. Touché de pitié, il ordonna, dans son testament, qu'un asile leur fût ouvert: onélevadonc Saint-Jacques surnommé in Augusta, à raison du voisinage du mausolée d'Auguste. Digne émule de l'illustre fondateur, le cardinal Salviati, qui vécut au dix-septième siècle, embellit l'hôpital et le dota de revenus considérables. Enfin, l'excellent Pie VII y joignit l'école de clinique chirurgicale pour les hommes et les femmes. Si vous ajoutez une bonne pharmacie, avec laboratoire et jardin, une bibliothèque à l'usage des étudiants, un vaste amphithéâtre, une chambre d'opérations et de bains, vous aurez une idée de cet important hôpital *?

Faisant un pas de plus dans le chemin de la douleur

1 Conçtanzi, 1. 1, p. 75.

• Morich., p. 35.

et de la charité, nous gagnâmes le Trastévère pour visiter l'hospice de Saint-Gallican. Dans combien de lieux le pauvre malade qui ne peut être reçu nulle part, parce qu'il est atteint d'une maladie contagieuse ou qui demande un traitement spécial, se voit tristement abandonné! A Rome il ne connaît pas cette dure condition; voici un asile créé tout exprès pour lui. Saint-Gallican rappelle deux souvenirs que nous recueillîmes avec bonheur. Au moyen âge, un lépreux français était venu se réfugier au delà de la porte Angelica. La curiosité .et la compassion lui attirèrent de nombreuses visites. D recueillit assez d'aumônes pour établir lui-même une petite maladrerie, oii ses infortunés compagnons pouvaient trouver des soins et un abri : l'hospice prit le nom de Lazare, le lépreux de l'Évangile.

Cependant la lèpre ayant peu à peu disparu, tandis que la gale et la teigne devenaient plus communes, on commença d'y soigner ces maladies. L'éloignement de l'hôpital était un inconvénient ; on le fit disparaître en transportant les malades au Saint-Esprit. Ils y restèrent jusqu'en 1724, que le pape Benoit XIII leur fit bâtir au Trastévère un hospice spécial, l'un des plus beaux de l'Europe. Comme tous les pontifes romains, Benoit XIII, jaloux de conserver de nobles souvenirs, dédia l'hôpital sous l'invocation de saint Gallican, personnage consulaire du quatrième siècle, qui le premier avait ouvert à Ostie un asile pour les voyageurs et les infirmes. L'édifice terminé, on y mit toutes les maladies cutanées.

Nous fûmes reçus par un des chapelains qui eut l'obligeance de nous le faire voir dans le plus grand détail. Saint-Gallican se compose de deux grandes salles placées sur la même ligne, l'une pour les hommes, longue de 360 palmes, l'autre pour les femmes, longue de 240; elles sont

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