‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 130 sur 215 · HOSPICE DE SAINTE-MARIE DE LA CONSOLATION · texte numérisé non relu

HOSPICE DE SAINTE-MARIE DE LA CONSOLATION

non loin de la roche Tarpéienne, un hôpital ou brille Tordre, la propreté et l'élégance. Si vous en demandez le nom, il vous sera répondu : C'est l'hôpital de Sainte- Marie de la Consolation; et vous bénirez le génie catholique, seul capable de donner aux asiles de la douleur des noms si gracieux et si doux. Toutefois l'auguste Vierge ne fait point oublier l'héroïne qui jadis consacra ces lieux par l'exercice de la plus admirable charité. « C'est ici, vous dira l'homme du peuple, qu'une noble matrone, fille de Symmaque, patrice et sénateur romain, avait coutume de donner à manger à douze pauvres : elle s'appelle sainte Galle. Servante des pauvres, elle consacra sa fortune à ses maîtres ; sa maison fut leur maison; restaurée, agrandie par les pontifes, elle est devenue avec le temps l'hôpital que vous voyez. »

Il est destiné au traitement des blessures, fractures, contusions, et de tous les maux qui exigent les prompts secours de la chirurgie. Partagé en deux salles parallèles, larges, propres et parfaitement aérées, l'une pour les hommes et l'autre pour les femmes, il peut contenir cent cinquante-six lits. Rarement ils sont tous occupés, si ce n'est peut-être au carnaval et en octobre, quand le peuple s'abandonne sans retenue à ses joies toujours folles et trop souvent sanglantes. Chaque jour il se présente des blessés, que l'on soigne gratuitement ; après quoi on les renvoie chez eux, ou bien on leur donne un lit s'il est nécessaire. Dix hommes de l'art, tant chirurgiens que médecins et étudiants, demeurent à l'hôpital, afin que l'application des remèdes ne souffre aucun retard.

Mais, suivant sa louable coutume, la charité romaine s'occupe surtout de la santé de l'âme; et combien d'armes homicides elle a fait tomber des mains des malheureux, qui n'attendaient peut-être que la guérisoa 4*

leurs blessures pour assouvir leur vengeance ! Trois prêtres sont là, nuit et jour, pour assister les malades; pois, vous voyez arriver de pieuses confréries qui viennent les visiter, les instruire, les réjouir par quelques douceurs. La mort a-t-elle frappé une victime, de bons frères entreront à la nuit tombante dans la chapelle funèbre, enseveliront le corps et le porteront en priant à sa dernière demeure *.

Une légère distance nous séparait de l'Ile du Tibre; là nous appelait une nouvelle œuvre non moins belle que les précédentes : c'est l'hôpital tenu par les frères de Saint-Jean de Dieu, connu vulgairement sous le nom de Benfratelli. Fondé en 1581 , cet établissement se compose de deux salles élevées, bien claires et bien aérées, qui peuvent contenir ensemble soixante-quatorze lits. On y soigne les hommes seuls, atteints de maladies aiguës et médicales. C'est là que sont transportés les pauvres prêtres qui ne peuvent recevoir à domicile les secours nécessaires. Excepté le médecin en chef, qui fait la visite de l'hôpital deux fois par jour, tous les infirmiers sont des religieux qui, alternativement, veillent les malades et les assistent avec une charité extrême. Le supérieur lui-même recherche avec empressement les services les plus bas et donne l'exemple à tous.

Par une perfection, inconnue même de nos ordres français d'ailleurs si dévoués, ces religieux, outre les vœux solennels de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, font celui de soigner les malades. Presque tous sont laïques; quelques-uns seulement reçoivent le sacerdoce, afin de s'appliquer à la guérison des âmes. Frères des pauvres malades, ils partagent leur nourriture: la même

1 CONSTANZI, t. 1, p. 73.

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cuisine sert aux uns et aux autres. Afin que les malades boivent l'eau la plus pure, on va chaque jour chercher celle de la fontaine Trevi, appelée virginale, et déjà reconnue la meilleure du temps des Romains. Je ne dois pas oublier que la France entretient, à l'hôpital des Benfratelli, deux lits pour de pauvres Français : la dépense est d'un franc treize centimes par jour.

Que la douleur, prompte comme le vautour, attaque le fils d'Adam avec la rapidité de l'éclair, Rome ne sera pas prise au dépourvu : Sainte-Marie de la Consolation en est la preuve. Que la maladie, semblable au serpent du désert, enlace l'homme de ses nombreux replis, et ne le conduise au trépas qu'après de longues et cruelles étreintes, Rome trouvera encore les moyens de lui arracher ou du moins de consoler ses victimes. Bien que la plupart des hôpitaux reçoivent les maladies chroniques, néanmoins le manque d'un lieu spécial pour les soigner a fait naître l'heureuse idée d'établir à Rome des Sœurs de la charité.

L'ordre se compose de femmes veuves, mariées ou filles, de condition honnête, et au-dessus de quarante ans. Les paroisses oii elles sont établies agissent séparément, mais en cas de besoin elles se soutiennent les unes les autres par des prêts réciproques de personnes et d'argent. Le curé est le premier supérieur et a le titre de directeur; la prieure est la première entre toutes les religieuses. Dès qu'il y a dans une paroisse un malade chronique, par exemple, un apoplectique ou tout autre, le curé en avertit les Sœurs, qui vont le visiter deux fois par semaine, lui donnent une demi-livre de viande par jour, payent le médecin, les remèdes et le chirurgien, fournissent le lit et les linges nécessaires, enfin ne le quittent qu'après la mort ou la guérisou.

On ne saurait dire avec quelle ardente charité ces bonnes Sœurs assistent les infirmes, les servant jour et nuit, s'il le faut. Que diraient les Fabius et les Scipions, si, reparaissant dans Rome, ils voyaient leurs épouses et leurs filles devenues les servantes de ces pauvres que leur orgueil daignait à peine regarder, et que trop souvent leur cruauté envoyait mourir de feim dans ITle du Tibre? Douteraient-ils de la bonté, et par conséquent de la divinité de la religion, qui a produit un parai changement dans les mœurs de l'univers?

Les ressources de la société se composent de contributions mensuelles ou annuelles. Chaque paroisse a sa caisse spéciale; mais elle vient dans l'occasion au secours des autres. Plaise à Dieu que les anges de la charité deviennent assez nombreux pour se répandre dans les cinquante-quatre paroisses de Rome i !

Il est une autre maladie souvent chronique et trop souvent incurable, dont le traitement exige des soins particuliers : je veux parler de la démence. De toutes les capitales, Rome est celle oh la folie fait le moins de victimes; j'en ai indiqué la cause. Toutefois, sur ce point comme sur les autres, elle s'est montrée généreusement prévoyante, et nous voulûmes voir son œuvre. Arrivés à la Longara, nous entrâmes dans l'hôpital de Sainte-Marie de la Pitié, des pauvres fous. Voilà encore un de ces noms qui révèlent éloquemment le cœur maternel de Rome chrétienne.

L'hospice date de 1548, et je ne connais pas de ville en Europe qui en ait eu avant cette époque. Celui de Rome fut fondé par trois Espagnols , .Fernando Ruiz, Diego et Angelo Bruno. Il semble, par conséquent,

' MoRtcB.,p. 83.

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