HOSPICE POUR LES MALADES CHRONIQUES
qu'on peut en faire honneur à saint Jean de Dieu, Espagnol lui-même, et dont la charité envers les aliénés avait d'abord attiré la compassion de ses compatriotes sur cette classe d'infortunés. Quoi qu'il en soit, le cardinal Quera, Espagnol, fut le premier protecteur de l'hospice de Rome, et saint Charles Borromée le magnifique bienfaiteur. Les bâtiments se composent de deux cours quadrangulaires, autour desquelles, dans les étages supérieurs, sont les dortoirs, et au rez-de-chaussée les réfectoires, la cuisine, les bains et la chapelle.
On admet gratuitement les pauvres de Rome ; ceux qui appartiennent aux autres communes y sont entretenus par elles, moyennant une pension annuelle de cent écus. La nourriture est très-bonne et le traitement trèsdoux : la camisole et les lits de force sont les seuls moyens opposés à la violence des furieux. Sainte-Marie de la Pitié compte environ 370 aliénés; comme dans le reste de l'Europe, les femmes y sont dans une proportion inférieure à celle des hommes. Cette observation, jointe à beaucoup d'autres, établit que l'excès des passions, les ambitions trompées et surtout l'affaiblissement de la foi, sont les causes principales de l'augmentation générale de la folie. Sur cent cas de démence, quatre-vingts sont dus au dérèglement des passions. Moins il y a de foi chez un peuple , plus il y a de fous ; telle est la formule qui résume toutes les recherches de la science : avis aux gouvernements, aux familles, aux individus.
Nous avons vu ce que la charité fait pour le malade admis dans les hôpitaux. Mais combien d'infortunés pour qui l'éloignement de leur famille, l'absence de leur demeure si chétive qu'elle soit, devient un tourment insupportable ! combien d'autres encore qui, environnés de soins attentifs, n'ont besoin que de médicaments!
Bonne et tendre comme une mère, Rome respecte les affections du pauvre. Les remèdes nécessaires lui seront envoyés dans sa maison , et il aura la consolation de guérir ou de mourir au milieu des siens. Cette attention délicate de la charité romaine se personnifie dans l'excellent pontife Innocent XII. C'est lui qui le premier donna à l'Aumônerie apostolique son existence actuelle. Admirable institution ! qui étend ses bienfaits sur la cité tout entière, partagée en onze sections nommées visites.
Chaque visite embrasse deux, trois, quatre ou cinq paroisses. Onze ecclésiastiques, vénérables par leurs vertus et par leur charité, président les visites et se nomment visiteurs. Chacune d'elles a son médecin et son chirurgien; de plus, un médecin inspecteur vient souvent contrôler les actes de ses collègues et la qualité des remèdes. Trois chirurgiens lithotomistes et dix pharmaciens complètent le personnel et leg dépendances de l'œuvre. Quand un malade réclame les soins de l'Àumônerie, il en fait prévenir son curé, qui envoie un billet d'avis à la pharmacie. Le médecin y passe tous les matins, trouve le billet avec l'adresse du malade, et va le visiter.
Si la maladie a un caractère trop grave pour être soignée à domicile, ou si l'infirme manque de l'entourage nécessaire, on le porte, aux frais de l'Aumônerie, dans un hospice. Ordinairement on soigne ainsi , chez elles, les personnes qui appartiennent à des familles distinguées, mais pauvres, qui rougiraient d'être confondues avec le peuple, dans la salle publique d'un hôpital; c'est un nouveau trait de délicatesse de la charité romaine. Le suivant prouve sa générosité : quelques châteaux et petites villes des environs de Rome ont leurs hôpitaux particuliers ; si, dans les lieux où ils manquent, *insi que les