‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 134 sur 215 · AUMÔNERIE APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

AUMÔNERIE APOSTOLIQUE

prélat chargé de distribuer les aumônes du père commun.

L'institution d'un aumônier secret, elemosiniere secreto, du pape, remonte au septième siècle, sous le pontificat de Conon. L'exemple du Saint-Père fut imité par les rois et les princes chrétiens ; mais Rome a la gloire de l'initiative. L'aumônier apostolique habite le Vatican, ou se trouvent son secrétariat, ses archives et ses comptes. Membre intime de la famille pontificale, il accompagne toujours le Saint-Père, soit dans les stations solennelles de la ville, soit dans les voyages hors de Rome; car il est le canal obligé de ses innombrables aumônes.

Cinq cents écus par mois sont distribués par l'aumônier en dons manuels, selon la volonté du pape, et le plus souvent sur un rescrit du Saint-Père lui-même. Je ne parle pas ici des secours donnés pour l'éducation des enfants. Dans les jours plus prospères, il accordait aussi de nombreuses pensions mensuelles. Ces pensions se faisaient, de préférence, aux pauvres honteux, aux institutions de charité et aux monastères. Le 2 février, jour anniversaire du couronnement de Grégoire XVI, nous vîmes dans la grande cour du Belvédère, au Vatican, monseigneur l'aumônier entouré d'une foule de pauvres : ce spectacle nous rappelait Saint-Laurent et la maison de Sainte-Cyriaque.

Les hommes étaient d'un côté, les femmes de l'autre; chaque pauvre recevait un demi-paul, ce qui s'appelle l'aumône del grosso : la première année du pontificat on donne un paul entier par tête. Naguère, une aumône, dite del testone ou des trois pauls, était accordée les jours de Pâques et de Noël : paternelle attention des vicaires de Jésus-Christ, qui voulaient faire passer gaiement au peuple ces maints jours de fête ! l'abaissement

des revenus pontificaux en a fait cesser l'usage. Il en est un autre qui subsiste encore, et qui a le même principe. Trois fois Tan, à Pâques, à Noël et le jour du couronnement du pape, l'aumônier donne un paul à tous les détenus de la prison Innocentienne, aux jeunes gens de la maison de correction, aux femmes du pénitencier de Saint-Michel, et aux prisonniers pour dettes du Capitale.

Citons encore un usage séculaire et bien touchant que le malheur des temps a fait supprimer, du moins en partie. À l'imitation de Notre-Seigneur qui avait nourri et servi à table ses douze Apôtres, les papes, depuis saint Grégoire le Grand, faisaient chaque jour dtner douze pauvres dans leur palais et les servaient de leurs propres mains, lorqu'ils n'étaient pas empêchés : Léon XII a donné bien des fois ce touchant exemple. Aujourd'hui la table est supprimée ; mais on donne chaque jour à douze pauvres une somme équivalente afin qu'ils puissent la partager avec leurs familles1.

* Février.

Anecdote. — Autres charités pour le pauvre : visites à domicile.— Commission des subsides. — Prêt d'argent au pauvre. — Soin de ses petites économies. — Loterie. — Défense de ses intérêts temporels. — Confrérie de Saint- Yves.

En reprenant notre visite de Rome charitable, nous descendîmes au Corso. De vieux livres étalés devant le modeste magasin d'un bouquiniste attirèrent un instant notre curiosité : je mis la main sur un Macrobe. Quelle bonne fortune! et je m'empressai de chercher le fameux

1 Constanzi, t. I, p. 21 et 27. — Morich., p. 177.

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