COMMISSION DES SUBSIDES
mot attribué à l'empereur Auguste, sur le massacre des Innocents. Ce mot est d'une grande importance, puisqu'il constate, par le témoignage de l'histoire profane, un fait chrétien d'une haute valeur. Donc, à la page 159 livre second, des Saturnales, je lus : « Auguste ayant appris que parmi les enfants au-dessous de deux ans mis à mort dans la Syrie par ordre d'Hérode, roi des Juifs, ce prince avait fait mourir son propre fils, il s'écria : « Il vaut mieux être le porc d'Hérode que son fils1. » Voilà qui est clair.
A Rome, comme ailleurs, les pauvres qui tendent la main dans la rue ne sont pas toujours les plus à plaindre. En outre, donner une pièce de monnaie suffit rarement pour soulager le malheureux, car l'homme ne vit pas seulement de pain. Mais que le riche s'abaisse vers le pauvre, entre dans son chétif galetas, s'identifie avec sa position, lui laisse, avec le pain matériel, de bonnes et douces paroles qui relèvent son courage, telle est la véritable aumône, celle qui caractérise essentiellement la charité catholique.
Rome l'a compris, et la Commission des subsides s'acquitte de tous ces devoirs avec intelligence et activité. Établie sous les derniers pontifes, elle se compose d'un cardinal président et de quinze membres nommés par le Saint-Père. Leurs fonctions durent six années seulement, parce qu'on a pensé qu'au bout de ce temps leur zèle
1 Cum audisset Augustusinterpuerosquos in Syriallerodes rex Judœorum intra bimatum jussit interfici, filium quoque ejus occisum, ait : Melius est Herodis poreum esse quai» filium. — Dans son Historia familiœ sacrœ, Sandini prétend qu'il s'agit d'Antipater, mis à mort par son père à la suite d'une conjuration ; mais les raisons de cet auteur me paraissent faciles à réfuter.
pourrait se ralentir. La ville est divisée en douze régions; chaque région se subdivise en paroisses, et un nombre correspondant de congrégations régionnaires ou paroissiales répartit les aumônes : les membres de ces dernières demeurent trois ans en charge.
La commission se réunit une fois par mois chez le cardinal président ; une fois par mois aussi se réunissent les congrégations paroissiales dans lesquelles on discute les demandes des pauvres de la paroisse. Deux députés vont les visiter dans leurs maisons, vérifient leurs assertions, constatent leurs besoins et proposent la nature, le montant et la durée du secours nécessaire ; la commission supérieure fait ensuite l'allocation demandée. Les visiteurs s'occupent aussi avec soin de rechercher l'état moral des pauvres, s'enquièrent de leur conduite, des causes de leur misère et des moyens d'y porter remède.
Les secours accordés se composent ordinairement de vêtements, de fournitures de lits, de linge et d'outils de différents métiers. Tous ces objets sont fabriqués dans l'hospice des Thermes, marqués d'un signe particulier, et ne peuvent être vendus sous peine de dix jours de prison. La charitable commission répand annuellement cent soixante-douze mille cent quarante-cinq écus, fournis par la chambre apostolique *.
En lisant ces détails, il est bien difficile de ne pas reconnaître le type essentiel de notre admirable Société de Saint-Vincent de Paul. Sur ce point comme sur les autres, Rome a donc encore la gloire de l'initiative.
Sans être réduit à la mendicité, le pauvre ouvrier a souvent besoin d'argent, soit pour commencer quel-
1 Moiuch., p. 181.