‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 136 sur 215 · PRÊT D'ARGENT POUR LE PAUVRE · texte numérisé non relu

PRÊT D'ARGENT POUR LE PAUVRE

que petite entreprise, soit pour acheter les matières qu'il met en œuvre, ou même les outils qu'il emploie. Ici encore, la charité romaine s'est présentée la première au-devant de cette nécessité : les États pontificaux ont vu naître les monts-de-piétié, dont la gloire revient tout entière au père Barnabe de Terni.

C'était au commencement du quinzième siècle ; le bon religieux, prêchant à Pérouse, ne pouvait retenir ses larmes en voyant les énormes intérêts extorqués aux pauvres par les usuriers, et surtout par les Juifs1. On ne prêtait pas à moins de 80 ou 70 pour cent. Son zèle ne lui laissa de repos qu'après avoir engagé quelques riches charitables à former une caisse de prêts pour les nécessiteux, moyennant un léger intérêt destiné au payement des employés. La chose réussit merveilleusement, et cette caisse se nomma mont-de-piitê.

Aussi, concert unanime de bénédictions de la part du pauvre peuple ; explosion formidable d'injures, d'accusations, de réclamations, de calomnies de la part des agioteurs. Heureusement que les petits et les faibles avaient alors un appui dans la papauté. Les souverains pontifes imposèrent silence aux détracteurs, approuvèrent l'institution, et frappèrent de censures quiconque en parlerait mal. Au nombre de ces bienfaiteurs du peuple, citons entre autres, Paul II, Sixte IV, Innocent VIII, Jules II et Léon X. En Usant les sages et paternelles prescriptions des pontifes, on ne peut douter qu'il y ait dans

1 Montes Pietatis... ut ad ipsa tanquam ad montcm confidenter refugere possint indigentes, et ea in promptu sint ad mutuandum sub pignoris cautione ipsis indigentibus, et occurrendum usuris, quas pro sua indigentia usurariis praesertim Judçeis solvere coçebantur, Fbrrabis, t. V,

l'histoire une page qui fasse plus d'honneur à la charité romaine *.

Un mont-de-piété ne tarda pas à être établi dans Rome, et les cardinaux, protecteurs de Tordre des Frères Mineurs, le furent aussi de leur œuvre. Entre ces princes de l'Église on doit nommer, par reconnaissance, saint Charles Borromée, qui fit de persévérants efforts pour la prospérité de l'institution. Clément VIII, voyant le nombre croissant des dépôts, acheta, pour les recevoir, trois grands palais, dont la réunion forme aujourd'hui le local du Mont-de-Piété ; nous le visitâmes avec admiration. La chapelle, destinée aux exercices religieux de la confrérie, resplendit de marbres rares et de sculptures précieuses : tout l'édifice est fraîchement restauré. Nous apprîmes que le Saint-Père, Grégoire XVI, venait de donner au Saint-Mont une preuve de sympathie et de lui laisser un souvenir de sa générosité envers les pauvres, en ordonnant, à ses frais, la restitution gratuite de beaucoup de gages. Dans les temps les plus prospères de l'œuvre les gages se conservaient dix-huit mois gratuitement, jusqu'à concurrence de 30 écus. Depuis les secousses politiques, le gage d'un an se reçoit et se renouvelle seul gratuitement, quand le prêt n'excède pas 13 écus.

Deux choses distinguent le mont-de-piété à Rome : la première est l'établissement d'une salle particulière oii l'on reçoit uniquement l'or, l'argent, les bijoux d'une valeur plus forte que quatre écus. La facilité offerte aux déposants et la réserve dont on use à leur égard, spécialement dans cette garde, ou viennent souvent, poussées par le besoin, des personnes fort honnêtes, est un nouvel exemple de délicatesse de la charité romaine. La se-

1 Voyez entre autres Ferràbis, Bibliotheca, etc., art. Montes Pietatis.

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