‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 137 sur 215 · PRÊT D'ARGENT POUR LE PAUVRE · texte numérisé non relu

PRÊT D'ARGENT POUR LE PAUVRE

conde, c'est rétablissement de monts supplémentaires dans les différents quartiers de la ville. Ils sont destinés, par le mont-de-piété lui-même, à recevoir provisoirement les gages jusqu'à la valeur de quatre écus, afin que les pauvres puissent trouver un secours instantané à toutes les heures, et surtout les jours de fête quand l'établissement principal est fermé.

Si le mont-de-piété offre au pauvre le moyen de se soustraire aux ravages de l'usure, il lui fournit, avec trop de facilité peut-être, des fonds qu'il peut perdre en débauches et en folies. Pour compenser les vices de cette institution, ou plutôt pour la compléter, on a établi à Rome une caisse d'épargne. Ainsi, le pauvre, Partisan, l'honnête ouvrier, trouvent dans la prévoyante cité la précieuse ressource de se procurer de l'argent pour leurs besoins, et le moyen assuré de conserver utilement le fruit de leurs économies.

Néanmoins, le peuple est toujours un enfant. Malgré l'active sollicitude avec laquelle on veille sur ses intérêts, la tentation du jeu peut l'entraîner dans des pertes ruineuses et le compromettre lui et sa famille. On sait combien la loterie, surtout, a d'attrait pour les pauvres. Autorisée à Rome par Innocent XIII, la loterie fut abolie par Benoît XIII. Son successeur, Benoît XIV, voyant son peuple, passionné pour ce jeu de hasard, courir dans tous les États limitrophes où il existait et déplacer ainsi les capitaux, en revint à le tolérer.

Mais il obligea le fisc à donner aux gagnants un surcroît de 80 pour 100, et à reverser sur les pauvres tous les profits du jeu, déduction faite des dépenses qu'il entraine. Ainsi, la loterie de Rome répand 30,000 écus par an en aumônes manuelles ; 15,000 en autres aumônes, et 3,500 écus en dot à de pauvres jeunes filles, comme

nous l'avons dit plus haut. Telle est l'habile combinaison en vertu de laquelle la loterie de Rome guérit d'une main les blessures qu'elle peut faire de l'autre. Connaissezvous un moyen plus ingénieux de tirer le bien d'un mal nécessaire ?

Protégé contre ses propres passions, il ne reste plus qu'à mettre le pauvre à couvert de l'injustice d'autrui. Si le riche a un procès, ou il se défend lui-même, ou il trouve facilement des avocats ; mais le petit et le faible, trop peu éclairé pour plaider sa cause, ou trop pauvre pour trouver une voix qui veuille lui prêter son appui, se voit exposé sans défense à une ruine complète : Rome est venue à son aide. Dès le commencement du seizième siècle, il se forma une société de gens de robe, avocats ou prélats des tribunaux et même de la Rote.

Elle s'assemble chaque dimanche dans l'église de Saint- Charles, où elle a son oratoire particulier. Après avoir accompli ses exercices pieux, elle se retire dans une salle voisine pour examiner les causes civiles dans lesquelles les pauvres se trouvent engagés : le droit reconnu elle prend gratuitement leur défense. L'archiconfrérie de Saint-Yves n'excepte aucun pauvre de son patronage, quel que soit son pays : nouvelle preuve que la charité romaine a toujours aspiré à être catholique.

La Confrérie se compose d'un cardinal protecteur, d'un prélat membre de la magistrature, de Rome, nommé préfet, et d'associés tous hommes de loi, Le pauvre qui réclame son appui adresse directement sa supplique au cardinal protecteur, qui l'envoie à quelqu'un des légistes de la société. Celui-ci examine les certificats d'indigence et les allégations présentées^comme preuve de son droit parle demandeur ; puis quand ces deux conditions de justice et de misère se trouvent réunies, la Confrérie se

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charge de la cause, et l'un des frères présente la défense. Or, le pauvre est éloquemment soutenu, car la Confrérie a toujours vu parmi ses membres de célèbres personnages. Aujourd'hui encore elle est fière d'avoir compté dans ses rangs l'illustre Benoît XIV, quand il n'était encore que l'avocat Lambertini. De leur côté, les souverains pontifes n'ont cessé d'encourager cette association éminemment chrétienne. Benoît XIII lui accorda le privilège de pouvoir faire décorer de la prélature romaine l'homme de loi qu'il lui plaît de choisir.

8 Février.

Carnaval. — Charité romaine pour le pauvre sans abri. — Visite à Sainte-Galle et à Saint-Louis.

Il était près de midi lorsque nous sortîmes pour continuer notre itinéraire ; mais le carnaval était dans la rue, et force nous fut de battre en retraite. Or, les plus graves historiens de l'antiquité ont décrit les joies du peuple-roi, et nous devons les en remercier ; car les plaisirs des peuples ont aussi leur enseignement. Telle sera mon excuse, si je parle du carnaval dans la Rome moderne.

Dignes héritiers des fils de Romulus, les Romains d'aujourd'hui sont encore fous de spectacles ; le carnaval en particulier semble leur tourner la tête. À cette fête burlesque, ils mettent une importance parfaitement comique, et leur enthousiasme se traduit par un proverbe fort connu. Pour marquer les grandes époques de Tannée, ils disent : Il santo Natale, la Pasqua e il santissimo carnevale. A l'approche du carnaval la loterie ne peut suffire aux demandes de billets ; le mont-de-piété regorge d'objets souvent de première nécessité, que les pauvres y déposent en gage de l'argent dont ils ont be-

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soin. Les cours publics sont tenues ; les magasins du Corso ne vendent plus, ils se transforment en tribunes et en galeries pour les spectateurs : toute ta ville est en fête.

L'ouverture du carnaval est annoncée par ta grosse cloche du Capitale, qui ne sonne que pour cette circonstance et pour la mort du Pape! (Test à midi précis qu'elle se fait entendre. Alors le sénateur de Rome, en grand manteau de soie brodé d'or, accompagné de gardes et de pages richement vêtus, descend ta célèbre colline, dans une voiture étincelante de glaces et de dorures : il parcourt le Corso d'une extrémité à l'autre. Sa présence avertit le bon peuple qu'il peut commencer. A peine ta voiture sénatoriale a-t-elle quitté ta rue, qu'un coup de canon donne le signal de la fête. En un clin d'oeil le Corso se remplit de deux files continues d'équipages qui circulent lentement, et dont le double mouvement d'aller et de retour forme une chaîne mobile de la place du Peuple à la place de Venise. Jusqu'aux derniers étages, les croisées et les balcons, richement tendus d'étoffes rouges, sont garnis de spectateurs qui lancent à l'envi des confetti sur les équipages.

Les confetti sont des espèces de bonbons en farine, de la grosseur d'un pois ou d'une petite noisette, et qui se cassent en tombant. Il pleut ausi des fleurs et des petits morceaux de chocolat de la même grosseur que les confetti. Princes ou princesses, personne n'est épargné. Pour se garantir de la grêle dont ils sont assaillis, les promeneurs se couvrent le visage d'un masque en fil de fer; mais rien ne protège leurs habits, qui sont, après quelques minutes, blancs comme ceux des meuniers. De leur côté, les équipages se munissent de grands paniers

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