‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 142 sur 215 · LE JOUR DES GENDRES · texte numérisé non relu

LE JOUR DES GENDRES

Prophète, dont il fait avec bonheur l'application à cette- Église romaine, sa mère et le modèle des peuples : Cest à vous que le pauvre a été confié, et vous serez l'appui de Vorphelin. Si on éprouve un regret, c'est de penser qu'au delà des Alpes, dans le beau royaume de France, on ne trouve rien de semblable.

9 Février,

Le jour des Cendres.— -Chapelle papale. — Charité romaine pour les vieillards, — pour les veuves. — Asile Barberini pour les mourants. — Ministres des infirmes, — pour les morts. — ArchiconfrériesdelaMort,— du Suffrage.— L'Ave Maria des morts.

Nous nous étions endormis dans le carnaval nous nous réveillâmes dans le Carême. A minuit, les cloches de la ville sainte se mirent toutes en branle et annoncèrent solennellement l'ouverture de la grande quarantaine. Je ne sais quelle impression produit cette immense sonnerie, à une heure si inaccoutumée. De graves et saintes pensées vous assiègent, et Phomme même le plus irréfléchi doit avoir peine à s'en défendre. Au premier son des cloches, bals, spectacles, soirées, tout finit, et finit jusqu'à Pâques, du moins les spectacles et les bals. Le jeûne catholique a remplacé les joies folles et les pensées mondaines. Le peuple romain, qui avait pris le carnaval au sérieux, prend aussi le Carême sur le même ton. Dès le matin du mercredi des Cendres, il remplit les églises, et reçoit sur son front la marque solennelle de la pénitence. Tout est calme dans la cité, hierencore si bruyante. Rome a repris sa physionomie de grave et chaste matrone; on dirait que le carnaval est passé depuis un an.

Nous allâmes nous-même chercher les cendres à la

chapelle Sixtine : et il nous fut donné de les recevoir de la main dn souverain Pontife. Si partout la lugubre cérémonie est imposante, nulle part sous le ciel elle ne l'est autant qu'à Saint-Pierre. Le Sacré-Collège, les généraux d'ordre, les ambassadeurs, les prélats romains, les évoques étrangers, vieillards à cheveux blancs ou jeunes hommes, l'élite des nations, garnissaient l'enceinte réservée de la superbe chapelle : le Saint-Père était sur son trône.

Tout à coup il en descend, et je vous laisse à penser quel sentiment doit avoir de lui-même le voyageur obscur, lorsqu'il voit le cardinal, grand pénitencier, s'avancer au-devant du vicaire de Jésus-Christ, et lui dire, en mettant des cendres sur la tête la plus auguste de l'univers : Souviens-toi, homme, que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière */ J'avoue qu'après un pareil exemple il en coûte peu de s'humilier. Aussi le souverain Pontife fut à peine remonté sur son trône, que toute l'assemblée vint avec un profond recueillement se prosterner à ses pieds, et recevoir de a main sacrée le signe de la pénitence.

Au sortir de la cérémonie, un de nos amis de Rome voulut bien diriger notre course aux hospices qui nous restaient à visiter. Chemin faisant, la conversation tomba sur le respect pour l'autorité, respect éminemment social, dont nous venions d'avoir un exemple dans la manière dont le Saint-Père reçoit les cendres. « Ces traditions salutaires, ajouta notre guide, se conservent encore dans nos familles : généralement l'autorité paternelle est

1 Toutefois, en signe de sa dignité suprême, le Saint-Père ne se met point à genoux pour recevoir les cendres, il reste debout.

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