‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 143 sur 215 · CHARITÉ ROMAINE POUR LES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

CHARITÉ ROMAINE POUR LES VIEILLARDS

bien respectée. Entre les parents et les enfants ne règne pas cette familiarité, voisine de l'égalité ; point de tutoiement des enfants aux parents, ni des pères aux mères l'enfant n'embrasse son père ni le matin ni le soir : il se contente de lui baiser la main. » Aussi, quand les Romains voient la manière dont nos Français en usent avec leurs enfants, ils disent tout étonnés : È un dar troppo confidenza ai figli. N'auraient-ils pas raison ?

Cependant nous arrivions au but de notre voyage. Avant de toucher à sa dernière heure, alors que ses forces, épuisées par l'âge, ne lui permettent plus de se suffire à lui-même, le pauvre trouve, grâce à la charité romaine, un abri pour sa vieillesse, comme il trouva un berceau pour son enfance, un secours pour sa misère et des remèdes pour ses maladies. Nous l'avons vu à Saint- Michel, à Sainte-Marie des Anges, coulant tranquillement ses vieux jours, entouré de tous les soins du corps et de l'âme : il semble que dans cette longue chaîne de bienfaits il ne manque pas un anneau. Pourtant l'œil maternel de Rome entrevoit une solution de continuité, un besoin auquel je ne sache pas que les autres pays fassent attention.

Trop souvent des femmes du peuple, épouses laborieuses d'honnêtes ouvriers, deviennent veuves avant l'âge. Secondées de leurs maris, elles pourvoyaient à leurs besoins ; seules elles ne le peuvent plus : si elles restent au milieu du monde, combien de dangers les attendent! Mais comment les en tirer? Trop jeunes encore, elles ne peuvent être placées dans les hospices des vieillards; quel moyen de préserver leur vertu et d'assurer leur existence ? Ce grave problème, si intéressant pour les mœurs publiques, Rome l'a résolu. Dans son sein existent de pieuses maisons qui accueillent gratuitement les pauvres veu-

ves, et leur ménagent un asile, sans toutefois leur donner la nourriture, ni le vêtement. Elles y vivent en communauté, avec la liberté de sortir, de travailler comme il leur plaît et de s'occuper comme elles le veulent.

Nous visitâmes d'abord la maison de ce genre, fondée parle charitable médecin Joseph Ghislieri, à Torre del Grillo; elle sert d'habitation à six pauvres veuves. De là, nous dirigeant vers le forum de Trajan, vous vîmes l'asile ouvert par les princes Ruspoli, dans lequel chaque veuve occupe une chambre séparée. Vint ensuite le Boschetto, qui sert de demeure à dix pauvres veuves ; puis l'asile paroissial de Saint-Laurent in Lucina, dont l'excellent curé nous fit le plus gracieux accueil ; enfin le refuge des princes Barberini, à Santa-Maria in Via : c'est le meilleur de Rome, puisque chaque veuve a pour elle seule deux chambres et une cuisine *.

Enfin la grande catastrophe s'annonce : précédée de la maladie, la mort si cruelle pour tous, si désolante pour le pauvre, vient chercher ses victimes. Mais à Rome la charité la devance ; elle est assise auprès de la couche douloureuse. Son enfant mourra, il le faut bien ; mais il mourra dans les bras de sa mère, entouré de ses caresses et de ses soins. Je ne parlerai pas ici des soins matériels; grâce au Christianisme, ils sont généralement les mêmes chez toutes les nations civilisées. Quant aux soins spirituels, décisifs, dans ces moments suprêmes, comment dire la tendre sollicitude avec laquelle Rome les prodigue? Pour n'être pas long, j'omets, et les pieuses confréries des agonisants, et celles qui fréquentent les hôpitaux, et les œuvres particulières, qui ont pour objet d'obtenir aux malades la grâce d'une sainte mort :

1 CONSTANZI, p. 130. — MORICH., p. 157.

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