MINISTRE DES INFIRMES
je me borne à signaler l'institution de Saint-Camille de Lellis.
À peine pouvez-vous descendre dans un quartier de Rome sans rencontrer un religieux au maintien grave et modeste. Sur sa longue soutane noire, recouverte d'un manteau de même couleur, se dessinent deux grandes croix rouges ; elles sont placées l'une sur le cœur, l'autre sur l'épaule. Ce religieux, vénéré de tous, est un enfant de Saint-Camille de Lellis, autrement un ministre des infirmes. A toutes les heures de la nuit et du jour, lui et ses confrères sont aux ordres des malades. La charité les attache à leur lit; et tous les soins corporels et les secours spirituels que le zèle et le dévouement peuvent inspirer, ils les prodiguent aux malades, riches ou pauvres, étrangers ou nationaux.
Que la maladie soit contagieuse, il n'importe; soldats intrépides, ils affronteront le danger et ne quitteront jamais le poste d'honneur qui leur est confié. Par un de ces traits assez communs au moyen âge , mais fort rares aujourd'hui, les ministres des infirmes ajoutent aux vœux ordinaires celui de ne jamais quitter les pestiférés. J'aurai occasion de parler plus tard de leur maison et de leur saint fondateur.
Enfin le pauvre meurt ; mais il n'est point abandonné. Voici venir je ne sais combien de pieux confrères qui se disputent l'honneur de lui rendre les derniers devoirs, de laver, d'ensevelir son corps, et de le porter sur leurs épaules au campo santo. Mais il meurt dans les champs, au milieu de cette campagne romaine si redoutable , et par sa solitude, et par la malaria qu'on y respire : ne craignez pas ; comme Tobie à Ninive, la charité bravera tous les dangers. Il faut savoir qu'à l'époque des moissons, de nombreux ouvriers descendent de la Sahû& <& .
viennent offrir leurs bras aux propriétaires des parties cultivées de la campagne romaine : dès que la chaleur se développe, de grands maux les accablent.
Leurs poumons, habitués à l'air subtil des montagnes, sont mal à Taise dans l'atmosphère pesante de la plaine. Leur corps, dont le soleil a ouvert les pores , se refroidit brusquement par le contact immédiat d'une fraîche rosée et de la terre qui leur sert de couche. La fièvre en saisit chaque jour quelques-uns, que le Coporale, presque aussi à plaindre qu'eux, transporte dans sa tente, en mettant à côté d'eux un peu d'eau acidulée. Le soir toutes les victimes de la journée sont conduites en charrette à l'hôpital le plus voisin, distant quelquefois de dix à douze lieues.
La noble et pieuse famille Doria Pamphili a donné le bon, mais unique exemple, d'établir, dans chacune de ses fermes, une voiture commode pour remplir ce charitable devoir ; mais trop souvent on arrive au lieu où se trouvent les secours lorsqu'ils sont devenus inutiles. Quelquefois, dans le paroxysme de la fièvre, ces pauvres gens s'éloignent de leur troupe , et il n'est pas rare que la mort les frappe loin de leurs amis.
Ces tristes événements sont assez fréquents pour que des hommes pieux aient formé une confrérie qui parcourt les campagnes pour y recueillir et pour transporter les malades à l'hôpital, et pour ensevelir les corps de ceux qui meurent ignorés. Ainsi dans ces campagnes romaines dont jadis les palais et les jardins avaient chassé la charrue, l'homme peut mourir seul, et son cadavre serait livré aux oiseaux de proie, si le Christianisme n'avait rempli quelques cœurs d'une sublime charité.
Mais je dois me hâter de dire que l'on ne saurait accuser entièrement les hommes de ces malheurs, résultant