ÀRCHICONFRËRIE DE LA MORT
en grande partie de la nature des choses, qui , nécessitant une immense réunion d'ouvriers dans des lieux malsains, mal fournis d'habitations et situés loin des villes, rend très-difficile de donner des. soins à huit ou neuf cents moissonneurs qu'emploient quelques fermiers. Cependant il est reconnu que le mal peut être diminué et le sort de ces ouvriers amélioré par quelques précautions que le gouvernement pontifical et l'administration française ont également recommandées 1.
Désireux de connaître la pieuse confrérie qui, s'en allant chercher au loin dans les campagnes des malades à soulager ou des morts à ensevelir, donne au monde un si magnifique exemple de charité, nous nous rendîmes à la viaGiulia, où est son église. Là nous apprîmes que l'association remonte à l'an 1SS1. Elle est très-nombreuse et se compose de personnes d'une condition honnête, souvent même élevée. Parmi ses membres les plus zélés fut saint Charles Borromée, neveu du pape alors régnant. Le costume consiste en un long sac de toile blanche.
Comme nous étions à l'église, on venait d'apprendre la nouvelle d'un accident arrivé dans la campagne. Prévenus sur-le-champ, quelques frères arrivèrent en toute hâte ; ils se couvrirent de leur sac et se mirent en route. Ils en agissent ainsi par tous les temps et dans toutes les saisons, et vont chercher le corps jusqu'à vingt ou trente milles de Rome. Ils ont droit de le faire enterref dans le cimetière qu'ils jugent convenable : terme moyen, la confrérie recueille annuellement treize morts dans la campagne, à la distance de neuf à dix-sept milles.
Dans l'intérieur de Rome, les confrères accompagnent les convois funèbres, comme le font aussi plusieurs asso-
1 M. de Tournon, Étud., stat. sur itome, \. V> v -^
dations. Revêtus de leur sac, ils sortent deux à deux, précédés d'un étendard long et étroit, la face couverte d'un capuchon à deux trous laissant voiries yeux; ils se dirigent ainsi vers la maison désignée, portent le mort à l'église, en récitant des psaumes et tenant des torches à la main. Les confréries de Rome accompagnent de cette manière à leur sépulture, non-seulement leurs membres, mais encore les étrangers.
Voilà donc le pauvre reçu à son entrée dans la vie, nourri, abrité, secouru dans ses besoins et dans ses maladies, assisté à l'heure de la mort, déposé avec respect dans la terre sainte d'où il doit se relever un jour ; telle est pour le dernier des fils d'Adam la vénération profonde et constante de Rome chrétienne. Comparée à celle de Rome impériale, cette conduite forme un contraste tellement inexplicable, qu'il faudrait être bien aveugle pour n'y pas voir, sous une de ses faces les plus divines, l'éclatant miracle qui changea les coutumes et les idées du genre humain. L'admiration et la reconnaissance qu'il excite deviennent plus vives encore, quand on songe que la charité romaine, franchissant le seuil de la tombe, s'en va soulager l'enfant de sa tendresse jusqu'au sein de l'éternité. Que n'ai-je une plume assez éloquente pour peindre dignement l'amour maternel de Rome pour les trépassés ! 0 vous qui aimez les pieux souvenirs des siècles de foi et les touchants usages de nos pères, venez dans la Ville sainte ; et quand il vous sera donné de la untempler, de grâce, ayez des yeux pour y voir autre chose que des palais, des tableaux, des statues, des obélisques, des théâtres et des naumachies : sachez voir Rome dans Rome!
Tendre Rachel, l'Église mère et maîtresse des autres Églises est sans cesse en mouvement pour communiquer