‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 147 sur 215 · AUMÔNES PARTICULIÈRES · texte numérisé non relu

AUMÔNES PARTICULIÈRES

distribuer dans son quartier. Chacune de ces distributions peut monter à 700 écus, ce qui forme dans l'année 2,100 écus, bien que la Congrégation possède un revenu double au moins, mais grevé de legs et de services religieux. Une distribution de pain se fait à la fête de Sainte- Anne, et des secours particuliers assez considérables se donnent encore d'urgence dans le cours de l'année, lorsqu'on a connaissance de la position critique de quelque honorable famille. Dans ce cas, les aumônes sont portées aux nécessiteux par les députés désignés à l'avance sous le titre de députés des cas secrets, qui ne rendent point compte de l'argent à eux confié, afin que jamais le nom des malheureux qu'ils ont secourus ne paraisse sur les registres de la société*. »

J'ajouterais de longues pages à celles qui précèdent, si je voulais parler de toutes les autres aumônes, bonnes œuvres, institutions de charité, qui font la gloire et la vie de Rome chrétienne ; je me contenterai de quelques réflexions propres à caractériser ce magnifique système de philanthropie, si peu connu en Europe et si peu en harmonie avec les principes de nos économistes modernes.

Et d'abord, tout part, à Rome, de l'inspiration religieuse : ce qui, chez d'autres peuples, se fait par le sentiment naturel de devoir et d'humanité, prend ici là vie dans des motifs de foi. En tête de toutes les institutions charitables, vous trouvez le nom d'un saint, d'un prêtre pieux, d'un chrétien fervent, qui en conçut l'idée. Toutes conservent le cachet de leur origine, soit dans leur nom de confréries, soit dans leur organisation en quelque sorte ecclésiastique. La bannière d'un saint leur sert

de ralliement comme sa vie de modèle; une chapelle particulière est ordinairement affectée à leurs réunions, et leurs règlements ont un cachet tout catholique. Dans l'exercice extérieur de leurs bonnes œuvres, les confrères se cachent généralement sous un habit fort laid en lui-même, mais favorable à l'humilité : le sac de pénitent qui les couvre ne laisse voir que les yeux, et des hommes du monde, de hauts dignitaires, voilent souvent, sous ce froc grossier, leur généreux concours au soulagement de la misère. Pour nous autres, Français du dixneuvième siècle, c'est l'apparition d'un temps qui n'est plus, un souvenir des siècles de foi, une vision du moyen âge*.

Cette origine de la charité romaine explique trois autres caractères qui la distinguent. Le premier c'est la priorité. Les institutions charitables de Rome sont les aînées de toutes les œuvres de bienfaisance répandues en Occident. Elles leur ont servi de modèle, et, bien des années et même des siècles avant que les économistes eussent entrepris de tracer les lois de la charité, la foi les avait révélées aux papes : c'est une conséquence de la mission civilisatrice qui leur a été confiée.

Le second, c'est la surabondance des secours : nous avons vu qu'entre les villes de l'Europe, Rome est la plus charitable. Aux sources mômes de la foi, aux tombeaux de ses innombrables martyrs, elle puise incessamment l'esprit de sacrifice qui déborde, comme la liqueur précieuse d'un vase trop plein, en mille créations de charité spirituelle et corporelle.

Le troisième, c'est la distribution des aumônes, moins régulière qu'on ne la désirerait. L'âme embrasée de la

1 dis Bazel., préf., p. 33.

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