LES ENCYCLIQUES
Ferrare et Forli, forment le nombre de douze jnges dont se compose ce tribunal. E n'y a point de président, seulement le plus ancien auditeur prend le nom de doyen : c'est une place cardinalice. Aujourd'hui la Rote n'est plus que la première cour de justice des États pontificaux.
Néanmoins la présence d'un auditeur national est un avantage et une garantie pour ses compatriotes, industriels ou propriétaires dans les États romains, qui peuvent avoir des procès à soutenir devant ce tribunal. Ajoutez que, par le rang qu'ils occupent dans la prélature, par la stabilité de leur charge, par les prérogatives dont ils jouissent, les auditeurs de Rote peuvent rendre d'importants services sous un autre point de vue.
Les Congrégations et les tribunaux qui constituent l'organisation merveilleuse de l'Église romaine1 attirent sans cesse le monde catholique vers le centre de l'autorité et de la foi. A son tour Rome réagit sur toutes les
1 D existe encore à Rome plusieurs autres Congrégations et tribunaux d une grande importance ; mais, comme leurs attributions n'ont point rapport aux affaires générales de l'Église, je me contenterai de les nommer : La Congrégation de la Révérende fabrique de Saint-Pierre, celle des Études de VÉtat, celle du Cérémonial du Saint-Siège, etc., celle du Bon Gouvernement. Dire que cette dernière Congrégation est chargée d'écouter toutes les plaintes du peuple contre les agents du gouvernement, et de dégrever les contribuables des impôts qui sont au-dessus de leur position, c'est montrer avec quelle sollicitude le Saint-Père veille au bien-être de son peuple. Cette institution est un progrès que nos gouvernements constitutionnels adopteront quand il plaira au libéralisme d'être libéral. La Congrégation de la Consulta est instituée pour régler les affaires du Saint-Siège , dont elle forme la chambre législative et le conseil d'État. Tous les prélats qui ont été légats ou nonces apostoliques y assistent.
50 LES trois tons.
parties de la chrétienté et fiât sentir jusqu'aux extrémités do monde son action salutaire. Par quels (moyens s'opère ce mouvement de retour? Tous ces moyens se réduisent à un seul : la parole.
Ala différence des autres capitales, qui agissait sur les provinces par la prépondérance de la richesse ou de la force ; à la différence de Rome païenne, qui opprimait les nations par la puissance du glaive ; comme Dieu lui-même dont elle est l'organe, Rome chrétienne gouverne le inonde par la parole. S la doctrine est définie, si les mœurs sont réglées, si la discipline est maintenue ou modifiée, si les évéques sont institués, si les limites des diocèses sont tracées, c'est à la parole du Saint-Siège qu'il font en rapporter la gloire. Or, cette parole vivifiante, Rome la fixe dans ses écrits, ou la personnifie dans ses envoyés.
Les écrits émanés du Saint-Siège s'appellent Encycliques, Brefs ou Bulles. Ici quelques explications deviennent nécessaires. D'une part, le voyageur consciencieux n'est pas d'humeur à se payer de mots incompris ; d'autre part, l'Église romaine étant notre mère, il nous siérait mal* d'ignorer ses usages et les premiers éléments de sa langue. Ne faut-il pas, aujourd'hui surtout, que nous soyons en état, je ne dis pas de les justifier, ils n'ont pas besoin d'apologie, mais de les expliquer dans leur véritable sens ?
Les Encycliques, c'est-à-dire universelles, sont des lettres pontificales qui s'adressent au monde entier. Elles règlent un point de dogme, de morale, de discipline, ou traitent des questions qui intéressent toute la catholicité. Le souverain Pontife y parle ex Cathedra, comme docteur de l'Église universelle, afin que tout le monde l'entende et se conduise d'après sa parole. Rien de
LES BULLES. Kl
plus solennel que leur formule; le chef des pasteurs s'adresse à tous les pasteurs de l'immense bercail de Jésus- Christ : aux Patriarches, aux Primats, aux Archevêques, aux Évêques ; il leur intime ses ordres, leur communique ses décisions, leur fait part de ses joies et de ses douleurs, et leur trace la ligne de conduite qu'ils doivent tenir.
Les Brefs. Si la lettre pontificale, tout en traitant de choses importantes, est courte et succincte ; ou si elle est longue mais relative à une question secondaire, c'est un Bref, Brève*. Le Bref s'écrit sur du parchemin blanc et mince, en caractères latins, avec ponctuation régulière. Il est fermé avec de la cire rouge fixée par un petit cordon de chanvre et portant l'empreinte de Y Anneau du Pécheur. Cette manière de cacheter les lettres est un vestige de l'antiquité profane : les missives des Romains, les paquets confiés aux Tabellaires, n'étaient pas autrement fermés1.
L'anneau du Pêcheur est le cachet pontifical. Certains monuments semblent établir que saint Pierre luimême marquait ses lettres de ce signe professionnel. Quoi qu'il en soit, l'usage en remonte à la plus haute antiquité3. Son nom lui vient de ce qu'il représente saint Pierre sur sa barque dans l'exercice de la pêche. Soigneusement gardé par un prélat domestique du Saint- Père, il est, à la mort du pape, remis solennellement, en présence du Sacré-Collège, au cardinal camerlingue qui le brise avec un marteau.
Les Bulles. Quand il s'agit d'affaire d'une haute im-
* Ferra ri s, 1. 1, verb. Brève.
•Cic, Catil., III, 5. — Pro Flacco, 167. — Plutarch., de la Curiosité, 26.
3 Petra, t. l,adCon$tU. apostol., § 2. Proœm..., n. 1, m. — Cancellieri, Uso del anello Piscatorio, etc., p. 9.
portance et que la majesté pontificale se déploie en expressions plus relevées et plus étendues, les lettres apostoliques prennent le nom de Bulles. Dans l'antiquité, ce mot désignait le bouton ou la petite boule d'or, espèce d'ornement circulaire que les jeunes Romains portaient sur leur poitrine1. Transformé en cachet, l'ornement lui-même servit à sceller les lettres, surtout les lettres des grands personnages, les lettres patentes et les édits des souverains. Ainsi la fameuse constitution de Charles IV qui règle les droits des empereurs d'Allemagne et des électeurs est appelée Bulle d'or9 parce qu'elle fut scellée avec une bulle au cachet d'or*.
Comme le Bref, la Bulle est écrite en latin ; mais sur un parchemin plus épais, plus rude et moins blanc, sans points ni virgules, et en caractères ronds, c'est-à-dire gothiques ou gaulois, pour rappeler le temps oh le Saint- Siège résidait à Avignon. Aiin d'être exécutoire, une Bulle doit être fulminée ; mais elle ne peut être fulminée avant d'être scellée. Or elle est scellée avec un cachet de plomb, qui pend de l'extrémité par un lacet de soie, si la Bulle est gracieuse ; de chanvre, si elle est de justice ou canlentieuse. Le cachet de plomb à double face porte d'un côté l'effigie de saint Pierre et de saint Paul, de l'autre celle du pape régnant. Comme l'anneau du Pêcheur, le cachet de plomb est soigneusement con-
1 Ferra ris, loc. cit.
* Ferraris, verb. Bull.aur.— Petra, loc. et*.— Dufresne, Glossar., verb. Bulla; Bulla enim proprie erat imperatoris sigillum, quod apponi consueyerat in li tiens ardua continentibus : et quia sigillum erataureum dicebautur hujusmodi impériales lilterae Bullœ aureœ. Sicque oullare idem est ac sigillarc, et litterae bullatœ, sigillatœ significantur. Ferraris, ubi supra.