LES BULLES
serve par un prélat qu'on appelle le Président du Plomb. A la mort du Saint-Père, ce sceau est présenté à tous les membres du Sacré-Collège, puis mis en pièces sous leurs yeux par le cardinal camerlingue1.
Dans cet usage de rompre immédiatement après sa mort les deux cachets du pontife défunt, il faut voir une preuve de plus du zèle constant apporté par l'Église pour prévenir toute supercherie et toute supposition de Brefs, de Bulles ou d'actes apostoliques.
Entre les Brefs et les Bulles, il existe encore d'autres différences qu'il est bon de connaître. Ainsi le Bref se date du jour de la Nativité de Notre-Seigneur ; la Bulle, du jour de l'Incarnation. Le Bref porte en tête le nom du pape : Gregorius PP. XVI; la Bulle n'a pas de titre; elle commence à la ligne, par ces mots : Gregorius episcopus, servus servorum Dei. La Bulle indique en finissant l'année du pontificat ; le Bref se termine par cette formule : Donné à Rome, à Saint-Pierre ou à Sainte-Marie Majeure (suivant que le Saint-Père habite le Vatican ou • le Quirinal) sous Vanneau du Pêcheur, etc., et il est signé du cardinal secrétaire des Brefs. Malgré ces différences, les Brefs et les Bulles ont, chacun sur son objet, la même autorité8.
A ces usages doublement vénérables, et parce qu'ils sont ceux de l'Église, et parce qu'ils rappellent le souvenir d'un monde qui n'est plus, s'en joint un autre non moins respectable quand on en connaît l'origine et lana-
1 On sait que le cardinal camerlingue est le chef de la chambre apostolique, et que la chambre apostolique administre les revenus du Saint-Siège.
1 Brevia apostolica rite confecta, tantam vim habent in illis materiis in quibus conflciuntur, quaotam habent Bulkein caeteris materiis. Ferraris, verb. Bulla.
ture. Les Bulles portent l'indication d'une somme qui se paye à la Daterie ou au secrétariat des Brefs, pour l'expédition des lettres apostoliques. C'est ce qu'on appelle à Rome la tassa, la taxe. Or on entend souvent répéter de vive voix et par écrit que les causes ecclésiastiques font couler à Rome des fleuves d'or étranger, dont la cour pontificale abuse pour entretenir son luxe et sa mollesse.
Voilà quelques-unes des calomnies que des hommes soi-disant catholiques ne craignent pas de jeter au front de leur mère. Quand on entend ces propos injurieux, tout ce qu'on peut faire c'est de dire avec un grand sentiment de pitié : Mon Dieu, pardonnez-leur , car ils ne savent ce qu'ils font! t Rome dépense annuellement pour les églises étrangères la moitié plus qu'elle n'en reçoit; et tout l'argent provenant des causes ecclésias • tiques est employé en bonnes œuvres. » Telle est, ni plus ni moins, l'exacte vérité l.
Ainsi, en retour, et non pour prix des faveurs qu'elle leur accorde, Rome, la mère de toutes les églises, reçoit de quelques-unes de ses filles, abondamment pourvues des biens de la terre, des sommes plus ou moins considérables dont elle gratifie ses autres filles pauvres et persécutées, en y ajoutant tout ce qu'elle peut de ses ressources. De cette manière l'abondance des unes supplée à l'indigence des autres, et les liens de la charité catholique établis par le Sauveur lui-même sont toujours maintenus ; voilà sa conduite. Or, quoi qu'on en dise, il n'y a pour la qualifier qu'une expression dans le langage
1 Voyez l'opuscule officiel intitulé : Del denaro straniero che viene in Roma, e che ne va per cause ecclesiastiche, par M*r Marchetti, arch. d'Ancyre. — Voyez aussi Constanzi, Instituzioni di pietà, etc., 1. 1, p. 6-37.