ÉCOLES DES PIEUSES MAITRESSES
Ce que nous avions vu dans les écoles pontificales, nous le retrouvâmes chez les Maîtresses pieuses Ouvrières [Maestre pie Operarie). Né à Montefiascone, cet ordre vint s'établir à Rome, sous le pontificat de Clément XII; l'aumônerie apostolique fournit à ses besoins. La grande école, et pour ainsi dire la maison mère, est h Sainte-Agathe ai Monti ; c'est là que réside la supérieure générale. Elle est élue tous les trois ans, et dirige toute la communauté avec son conseil composé de trois assistantes. C'est de là qu'on envoie les maîtresses nécessaires aux différentes écoles de la ville et même des villes voisines. Elles reçoivent gratuitement toutes les petites filles pauvres, âgées de cinq ans, qui habitent d :is le quartier : les classes durent six heures par jour, el les objets de l'enseignement sont les mêmes que dans les autres écoles.
Nous remarquâmes la manière intelligente avec laquelle on forme les jeunes cœurs à la pratique de la religion. Ainsi, outre un catéchisme fort clair, on leur enseigne les dispositions nécessaires aux sacrements de Pénitence et d'Eucharistie; la pratique des vertus chrétiennes; la dévotion à la Sainte Vierge et à l'Ange Gardien; la modestie dans le maintien, surtout dans les rues et à l'église. Je ne m'étonne pas de l'approbation donnée par les papes à cette utile congrégation *. Elle compte à Rome sept écoles qui reçoivent mille jeunes filles.
A côté de ces pieux établissements, fleurissent les écoles paroissiales, établies dans presque toutes les paroisses de Rome, et qui ont le même but. Viennent encore celte des Dames du Sacré-Coeur, à la Trinité des
* Voyez la bulle : Experientia rerum omnium magistra, de Clément XII, 8 sept. 1760.
Monts et à Sainte-Rufine in Trastevere; de Saint-Pascal; des Religieuses du Divin-Amour; des Maîtresses pieuses au Gesii, dont les unes donnent l'enseignement élémentaire aux enfants pauvres, tandis que les antres élèvent les jeunes filles des classes supérieures *.
A la vue de ces nombreux établissements, deux remarques se présentèrent à notre esprit : d'abord, la date des premiers. C'est au commencement du seizième siècle, à l'époque où le protestantisme venait jeter à la face de l'Église romaine le reproche d'obscurantisme, que Rome ouvrait gratuitement au peuple les premières écoles publiques de l'Europe ! Elle ne craignait donc pas la lumière; elle ne craignait pas surtout, comme l'en accusaient les chefs de la Réformation, que ses enfants apprissent à lire, même la Bible, puisque c'est en Italie que parut la première traduction de l'Écriture en langue vulgaire.
Ensuite, Rome, qui donna le mouvement il y a trois siècles, a continué de marcher; et je ne sais s'il est aucune capitale qui puisse rivaliser avec elle dans la voie du progrès. Pour une population de 170,000 âmes, Rome compte aujourd'hui 374 écoles primaires, dirigées par 484 maîtres et peuplées de plus de 14,000 enfants! Pour 1 million d'habitants, Paris ne comptait, au 1er juillet 1844, que 24,137 élèves dans les écoles populaires. Outre les écoles régionnaires, parvenues au nombre de 55, plusieurs salles d'asile ont été fondées; de nouvelles écoles paroissiales ont été ouvertes, cinq ou six autres institutions, ayant le même but, ont été érigées. Dans ce nombre ne sont pas comprises les écoles primaires, appelées Abusives, parce qu'elles se sont formées sans autorisation, et qui comptent au moins 20 instituteurs et 300 élèves *.
1 Morich., p. 217.