TOMBEAU DES CURIACES
Enfin nous arrivâmes à Castel-Gandolfo, humble village ou, depuis Urbain VIII, le souverain pontife vient passer quelques mois à la fin de l'été. L'extérieur du palais est fort simple, mais le point de vue est magnifique. De la plate-forme on embrasse toute la campagne romaine, désert de ruines, au milieu duquel la Ville éternelle, avec ses dômes dorés, ses obélisques et ses palais, apparaît comme une majestueuse oasis de monuments. L'église de Castel-Gandolfo est une croix grecque, de l'architecture du Bernin. Sur le maître-autel, nous vîmes un] beau tableau qu'on dit de Pierre deCortone; l'autel à gauche a une Assomption de Carie Maratte.
En descendant la colline, on regagne Albano par une route ombragée, construite par Urbain VIII, et on salue le prétendu tombeau d'Ascagne. Ce monument antique, auquel le manque d'inscription ne permet d'assigner ni une date ni un nom, se compose d'une tour colossale, terminée en cône. Les revêtements de marbre et les autres ornements qui le décoraient ont disparu : il est triste comme la mort. Il en faut dire autant d'une autre ruine située au delà d' Albano, et qui porte, on ne sait pourquoi, le nom de tombeau des Curiaces.
L'heure du départ étant arrivée, nous reprîmes nos places dans la berline, et je m'empressai de consulter deux guides dont j'avais eu soin de me faire accompagner : l'un était à ma droite, l'autre à ma gauche, dans les poches de la voiture. Vous tous qui ferez la même route, je vous en prie, ne les oubliez pas : le premier, c'est Horace ; le second, les Actes des Apôtres. Oui, ce chemin que vous suivez, Horace et saint Paul le suivirent, il y a dix-huit cents ans : leurs souvenirs y sont marqués. Or, je ne connais rien de plus ûvt&e&sask <&, *&» plus agréable que de marcher sut o^\fitaKrvs* V%-
pienne avec deux pèlerins si célèbres et si différents. De plus, je vais vous dire à quelle occasion Horace faisait ce voyage ; quant à saint Paul, vous saurez bientôt pourquoi on le rencontre sur une route illustrée par tous les conquérants du monde. L'an de Rome 713, Mécène, Coccéius et Capiton furent envoyés par le sénat jusqu'à Brindes, afin de réconcilier avec Octave, Antoine qui assiégeait alors cette ville. Horace, leur ami, fut du voyage. Parti de Rome avec le rhéteur Héliodore, il vint rejoindre les diplomates à Terracine.
En sortant d'Albano, la route traverse un pays montagneux, planté d'oliviers et d'arbres verts et passablement cultivé. A deux milles au delà, on gravit une crête sur laquelle est assise, comme un nid d'aigle au sommet d'un rocfler, la moderne Aricia. Ce gracieux petit village occupe la place de la forteresse de l'antique Aricia, dont il conserve le nom. On dit qu'Aricie fut fondée deux cents ans avant la guerre de Troie par Archiloque de Sicile. Quoi qu'il en soit, cette ville fut la patrie d'Atia, mère de l'empereur Auguste.
Son territoire produisait d'excellents oignons qui ont mérité d'être chantés par plusieurs poètes et maudits par Horace, qui faisait profession de détester cordialement tous les rejetons de cette famille légumineuse, jusqu'au cinquième degré, et au delà. Les ruines à peine reconnaissables de la cité se voient au-dessous du village, à l'endroit appelé le Jardin du Milieu, YOrto cli Mezzo. Gomme nous approchions, j'ouvris mon Horace, qui parle ainsi d'Aricie :
Egressum magna nie excepil Aricia Roma Hospitio modico *.
* Lib. /, satyr. v.