‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 159 sur 215 · VELLETRI · texte numérisé non relu

VELLETRI

Les paroles du poëte voyageur se vérifient encore ; Aricie est toujours une bicoque, et ses auberges nous parurent de fort médiocre apparence; je~ n'en peux pas dire autre chose; car plus heureux qu'Horace, ou plus pressés, nous passâmes sans leur laisser voir la couleur de nos baïoques; nous ne mîmes pied à terre que pour visiter l'église et le sévère palais Chigi. Ces deux ouvrages de Bernin présentent un ensemble bien entendu, mais semblent pécher par les détails : la coupole seulement paraît irréprochable.

Horace et Héliodore, qui l'accompagnait, couchèrent à Aricie. En vrais flâneurs, ces messieurs voyageaient à petites journées, et probablement aux frais de l'État. N'étant pas dans les mêmes conditions, nous poussâmes jusqu'à Velletri. Avant d'y arriver, on visite Genzano (l'ancienne Gentiana), joli bourg situé près du lac Nemi. Ce lac luimême doit à sa forme, aux rosiers qui l'entourent et à la limpidité de ses eaux, le gracieux nom de Miroir de Diane, Spéculum Diûnœ. Non loin de la route, il nous fut encore permis de voir la Cività Lanivia {Lanuvium), patrie d'Antonin le Pieux, et de ce Milon, meurtrier de Claudius, si connu des rhétoriciens. Cinq heures sonnaient quand nous entrâmes à Velletri, patrie de l'empereur Auguste.

15 Février.

Velletri. — Cisterna. — - Souvenir de saint Paul. — Les marais Pontins, — Ardée, Àntium, Sezze, — ■ Linea Pia. — Forappio. — Souvenir de saint Paul. — FossaNuova. — Souvenir de saint Thomas. — Terracine.— Temples de Jupiter Anxurus et de Minerve. — Château de Théodoric— Cathédrale.— Hôpital et palais de la Résidence.

Hier matin, nous avions déjeuné k V hôtel de lo,V\\.W d€-Paris : la susdite enseigne ètaâl «v \m\t«ûS3à&»^

ne l'oubliez pas, c'était à Albano; le soir notre phaéton nous introduisit rapidement, en faisant claquer son fouet, au grand hôtel de Russie : c'était à Velletri, ville importante des anciens Volsques (Velitrœ), et cette seconde enseigne était aussi en bon français. Remarquezvous l'influence des grandes nations, et de la France en particulier? Jusqu'aux plus minces détails, tout annonce l'ascendant de la langue, et par conséquent de la pensée française, sur les populations italiennes. Il y a là, ce me semble, pour notre patrie, un grand enseignement et une grave responsabilité.

La première personne que j'aperçus à l'entrée de Velletri fut un pauvre père capucin, vieillard à barbe blanche, les pieds nus et la besace sur l'épaule. Ce roi de la pauvreté me parut admirablement placé dans la patrie de l'ancien maitre du monde : nulle part, peut-être, le représentant sublime de la puissance spirituelle ne porte avec plus de grâce le sceptre échappé aux empereurs de la force. Nous apprîmes de sa bouche que l'Église comptait aujourd'hui 18,000 de ses semblables, vivants miracles des âges de la foi, divisés en quarante provinces, et répandus sur toutes les plages de l'ancien et du nouveau monde.

Velletri, qui fait partie de Tévêché d'Ostie, compte dix à douze mille âmes. Du plateau qui lui sert d'emplacement, on jouit d'une vue magnifique. Quand, au coucher du soleil, le voyageur porte ses regards vers l'Orient, il voit à ses pieds de profonds ravins qui se relient par une vaste plaine aux montagnes de la Sabine, dont le sommet couvert de neige se confond avec la brume du soir, et forme une espèce de voile qui, aux derniers rayons du crépuscule, prend une teinte amaraothe du plus bel effet. Les ^^«m^tosm^^

CISTERNA. 414

Velletri sont la colonne du pape Urbain VIII, sur la place du Marché, les fontaines publiques, d'une bonne construction, et le palais Lancelotti, avec son bel escalier de marbre. L'église de Sainte-Marie delV Orto renferme quelques bons tableaux.

En nous promenant dans les environs, nous vîmes le lieu oii fut trouvée la Pallas Veliterna, l'une des belles statues du Musée de Paris; puis des ruines informes de monuments anciens, qui jonchaient le sol et rappelaient de grands noms et de tristes souvenirs. C'est peut-être en mémoire d'Auguste, dont Velletri fut le berceau, que Tibère, Nerva, Caligula, Othon, firent de cette ville leur séjour favori, et l'enrichirent de superbes villas.

Cependant, tout n'est pas rose dans les voyages ; au lieu de dormir à Yhôtel de Russie, nous avions bivouaqué, et cela pour cause. Mais il y a compensation à tout, même à une mauvaise nuit. Dès les premières clartés de l'aurore nous descendîmes sur la place, et il nous fut possible de jouir d'un magnifique lever du soleil. Merci aux grabats de Yhôtel de Russie, sans eux nous aurions perdu ce beau et rare spectacle. Nous quittâmes Velletri, laissant à gauche, du côté de la Sibine, la petite ville de Gori, l'ancienne Cora, célèbre par ses temples d'Hercule et de Castor et de Pollux : Yarea du premier est occupée par le baptistère de l'église.

Vers neuf heures, nous passâmes la rivière d'Astura, et bientôt nous entrâmes dans Cisterna. Un accident fort heureusement arrivé à notre attelage nous permit de nous arrêter une heure. Je vais vous expliquer pourquoi je parle ainsi d'un fait qui contrariait passablement notre digne voiturin. Nous avions avec nous, comme je l'ai dit, les Actes des Apôtres qui nous apçreu\^vv\,V^^^^^^ saint Paul sur la voie Appienne, Ot, nws sss*5L>^k-

être même ne savez-vous pas, que les chrétiens de Rome, informés de la venue tant désirée du grand Apôtre, vinrent à sa rencontre, comme des enfants vont au-devant de leur père absent depuis longtemps. Sans doute, afin de n'éveiller aucune défiance, il se partagèrent en deux bandes : les uns s'arrêtèrent ad très Tabemas, aux trois Hôtelleries ; les autres poussèrent jusqu'au Forum d'Appius i. Or, les très Tabemas d'autrefois sont, suivant la constante tradition, les Gisterna d'aujourd'hui ».

Nous nous élançâmes de la voiture, et en un instant nous fûmes à l'église. Prosterné sur les dalles du modeste sanctuaire, chacun de nous se disait : « Tu es peut-être à genoux à la même place oii saint Paul et les. chrétiens de Rome se rencontrèrent, s'embrassèrent, se réjouirent et prièrent ensemble ! » Quand on a le bonheur d'être en corps et en âme sur des lieux d'oii sortent de pareils souvenirs, on conviendra qu'il suffit, pour éprouver d'ineffables impressions, de laisser aller son cœur à la foi. Cisterna est un petit village, situé sur une hauteur,

i Fratres occurrerunt nobis usque ad Apii forum ac très Tabemas. Act. , xxvih, 43.

* Erat Appii forum (ut colligitur ex Plinio, lib. XIV, c. vi) in agro Setino, in via Appia locus positus ; très Tabernœ vero contra Antium. Unde et Cicero (Ad Atticum, epist. xix, lib. II) : Emersimus commode ex Antio in Appiam ad 1res Tabemas. Distans erat ab Urbe forum Appii quinquaginta et unum millia passuum. Très Tabernae vero positae erant ad trigesimum tertium lapidem. Sic enim Antoninus Appiae viae numerat milliaria, nimirum ab Urbe ad Ariciam sexdecim millia passuum, ab Aricia ad très Tabemas decem et septem, unde vero ad Appii forum decem et oclo. De foro Appii nulla sunt vestigia, vel si quae exstant, palude pontina facta sunt inaccessa. Très vero Tabemas illam esse ferunt, quae hodie vulgo dicilur, corrupto vocabulo, Cisterna.— Baron., an. 59, n. 11 , b.

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