LES MARAIS PONTINS
au bord de la voie Appienne. Nous la reprimes, et bientôt apparut à nos regards avides Torre de9 tre Ponti, simple relai de poste, d'où Ton commence à" découvrir les fameux marais Pontins : avant de les traverser, il est agréable d'en connaître l'histoire.
Les marais Pontins forment une vaste plaine de trois lieues de largeur sur huit lieues de longueur. Ils occupent l'espace compris entre le pays des anciens Rutules et des Volsques ; c'est-à-dire entre Ardée, Antium, Terracine, d'une part ; les monts Lepini et la mer Tyrrhénienne, de l'autre.
Pour restituer à la culture les marais Pontins, il fallait vaincre des obstacles de tous genres : un sol presque sans pente et sans solidité, une masse d'eau pluviale descendant sans cesse des montagnes de la Sabine et du Latium, quatre rivières et plusieurs torrents qui convergent vers ces marais, et dont les eaux, ne trouvant pas une déclive suffisante, séjournent dans les terres, les pénètrent et les corrompent. Ces rivières sont la Pedicata, T Amazeno, la Cavata, la Cavatella, l'Uffente, la Ninfa et la Tepia *.
Longtemps avant la fondation de Rome, les Volsques et les Rutules étaient parvenus, à l'aide de travaux dont le secret nous échappe, à dessécher ces marais au point d'y construire vingt-trois villes, parmi lesquelles on comptait Pométia, Longula, Volusca, Mugilla, etc., dont la première opposa une longue résistance à Tarquin l'Ancien 2. Négligées après la conquête, les terres Pon-
* Et non pas, comme dit M. Bouillet, le Liris ou Garigliano, qui coule à plusieurs lieues de là. L'Université fait la géographie, môme de l'Europe, comme elle écrit le latin et traduit les classiques.
* Pline, His. nat.
tines retombèrent dans leur état primitif. Les assainir de nouveau était une entreprise digne des Romains : Tan de Rome 444, le censeur Appius Glaudius les fit traverser par la superbe route qui porte son nom ; cent cinquante ans plus tard, le consul Cornélius Céthégus fut le premier qui entreprit de grands travaux d'assainissement « : Jules César et Auguste les poussèrent jusqu'oii ils purent aller *; enfin, Trajan vint embellir par des routes, des édifices et des ponts superbes ces lieux regardés longtemps comme inaccessibles s.
Jaloux d'avoir dans les environs de Rome des habitations et des propriétés dignes de leur opulence, les maîtres du monde semèrent cette plaine de villas immenses, de forum, de parcs, de jardins. Les nations vaincues payaient ces constructions, et un peuple d'esclaves cultivait avec soin ces lieux enchanteurs. Cependant l'empire romain s'écroule sous les coups des Barbares. Les villes sont saccagées, les palais brûlés, les villas abandonnées ; et les fiers descendants de Romulus, chassés comme un vil troupeau par les terribles guerriers d'Alaric et de Totila, prennent le chemin de l'exil : à cette époque finit la gloire des marais Pontins.
Les rivières qui, bien dirigées, fertilisaient en l'embellissant la vaste campagne, et dont les eaux réunies formaient un canal navigable, inondèrent de nouveau la
« Pontinae paludes a Cornelio Celhego consule, cui ca provincia evenerat, siccatae, agerque ex iis factus. — Epitom. Livii, 26.
* Suet., c. xuii. — ... Sterilisque diu palus aptaque remis Vicinas urbe3 alit, etc. — Horat., Art. poet.
5 Per Pontinas paludes \iam saxo stravitt exslruxitque juxta vias aedificia, pontesque magnificentissimos fecit. — Dio, lib. LXV1IL