LES NONCES
humain : c'est une conduite admirable et digne de Rome1.
Nous venions d'étudier avec bonheur le dernier moyen par lequel le Saint-Siège agit sur le monde, mais nous n'étions pas satisfaits. Pour compléter nos connaissances, il fallait encore nous former une idée exacte des ambassadeurs qui portent aux nations la parole romaine.
Gomme prince temporel, le Saint-Père entretient avec les puissances des relations diplomatiques. Dans ce qui regarde les intérêts des États romains, les négociations suivent la marche commune des relations des peuples entre eux, et sont traitées dans le langage vulgaire de la diplomatie. Comme chef de l'Église, le souverain Pontife se fait aussi représenter auprès des nations catholiques. Dans ces nouveaux rapports, toute la marche des choses change, jusqu'au vocabulaire : c'est un concordat au lieu d'un traité ; c'est un légat au lieu d'un nonce ; c'est une bulle, un bref au lieu d'une lettre. Les ambassadeurs spirituels ou, pour rappeler l'expression du vénérable cardinal Pacca, les bras du Saint-Siège, sont les
1 Aux dépenses que Rome fait annuellement en faveur des pauvres églises d'Irlande, d'Allemagne, du Nord, de l'Orient et de l'Occident, il faut joindre l'intérêt des sommes empruntées en différents temps par les papes pour les besoins généraux de la chrétienté. Les intérêts de ces emprunts se montent à 400,000 écus ; en y joignant les dépenses de la Propagande et de ses collèges, on a 533,000 écus. Ainsi, d'un côté, Rome perçoit des pays étrangers 300,000 écus*, de l'autre, elle dépense pour les pays étrangers 533,000 écus. Elle est donc grevée par an de 233,000 écus romains, ou de t ,26*>000 francs* « Voilà, conclut l'auteur, ce qu'elle gagne à cet échange. » Ms'Marchetti, suprh.
légats et les nonces. On distingue les Légats à latere, les Légats envoyés, les Légats-n&, les Délégats.
Le pouvoir d'envoyer ses représentants dans toutes les parties du monde catholique est l'apanage exclusif de PÉglise de Rome. Elle l'a exercé dès le commencement du Christianisme. On les voit tour à tour présider les conciles et soutenir les intérêts de la religion auprès des rois et des empereurs de l'Orient et de l'Occident. Les cardinaux envoyés en mission quittent leur place ordinaire à côté du souverain Pontife ; de là vient qu'on les appelle Légats à latere1. Ils sont ordinaires ou extraordinaires. Les premiers sont les cardinaux qui président aux légations italiennes : Bologne, Ferrare, Forli. Les seconds, investis de pouvoirs très-étendus, sont envoyés dans les grandes circonstances oiiil s'agit des plus graves intérêts de la chrétienté. Ainsi, un légat à latere vint en France pour y rétablir l'Église bouleversée par larévolution
Les Légats envoyés, ou nonces apostoliques *, sont des prélats envoyés par le souverain Pontife auprès des princes chrétiens pour défendre les intérêts de l'Église et représenter le Saint-Siège. On distingue les nonces de premier ordre, tels que ceux d'Allemagne, de France, d'Espagne et de Portugal ; ils sont ordinairement élevés au cardinalat au sortir de leur légation. Les nonces de second ordre, qui ne jouissent pas du même privilège, sont ceux de Pologne, de Naples, de Venise, de Florence, de Bruxelles, de Cologne et de Lucerne 3.
1 Dicuntur à latere qui a cardinales ad lalus summi Pontificis assistant, et sic dum miltuntur, quasi à latere extrahi videntur. Ferraris, verb. Legatus.
1 Legati missi, seu nuntii aposlolici.
5 Cette liste a subi quelques changements depuis la révolution.