‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 166 sur 215 · AVERSA · texte numérisé non relu

AVERSA

mis à mort sur la viaAqaria, par ordre de Néron. Vient ensuite son illustre successeur, saint Rufus, patricien par sa naissance, chrétien par le baptême, évoque par Fonction épiscopale qu'il reçut de saint Apollinaire, disciple de saint Pierre et martyr du premier siècle ? Sur ses traces voici venir le jeune Antonin, avec Ariste son compagnon, Quinetus, Arcontius, Donat, Rosius, Héraclius, et beaucoup d'autres qui forment la glorieuse légion dont les saints Rufus et Carpophore, martyrisés sous Dioclétien, composent l'arrière-garde.

Après avoir rendu nos hommages aux fondateurs et aux conservateurs de la cité chrétienne, nous partîmes de Capoue par une chaleur affreuse. La route était couverte d'une forte couche de poussière, constamment agitée par les nombreux équipages que nous rencontrions; cette poussière, d'une blancheur et d'une finesse extrêmes, fut pour nous un véritable supplice. Au reste, rien de plus bizarre que les attelages du pays. Tantôt c'est une charrette à deux roues, garnie de quelques planches en guise de bancs et traînée par un bœuf et un buffle ; tantôt c'est un chariot ordinaire conduit par un cheval et un âne, quelquefois par un bœuf et un cheval, d'autres fois par un bœuf ou par un buffle seul. Nulle part, je crois, on ne peut voir une telle variété, pour ne pas dire une pareille bigarrure.

Cependant la jolie petite ville d'Aversa vint appeler no tre attention sur d'autres objets. Tout ce que le temps nous permit de voir, c'est le bel établissement d'aliénés, longtemps confié aux soins intelligents du pieux abbé Linguiti. Le premier, en Europe, avec les Frères de Saint- Jean de Dieu, il a eu le mérite de délivrer ces infortunés des liens dont ils étaient garrottés, et de les soumettre à un traitement plus doux et plus satatiàitfe A& «ta«afl»s»A&

lTiospice est heureuse ; des bosquets, des cours, des jardins, des plantations, de vastes salles ornées de peinture et de sculpture, un musée, une bibliothèque, un billard, donnent à cet asile de l'infortune tout le confortable d'une somptueuse villa. On y voudrait un peu plus d'ordre et de propreté, qui, soit dit en passant, ne paraissent pas être les vertus cardinales des Italiens.

Avant quatre heures, notre berline stationnait aux portes de Naples. La visite très-sévère de nos bagages, la remise de nos passe-ports, la délivrance du permis de séjour, nous y retinrent longtemps. Au voyageur qui arrive par terre, la troisième capitale de l'Europe ne se présente pas d'abord sous un aspect favorable. I/œil rencontre des maisons plus ou moins élégantes, mais rien qui annonce la superbe Parthénope. Plus heureux est le passager qui aborde par mer; pour lui Naples se montre dans tout l'éclat de sa magnificence. Cependant nous vîmes sur la gauche un vaste bâtiment dont l'aspect cause une bien douce émotion au voyageur chrétien : c'est l'Aibergo reale dei poveri : palais royal des pauvres. Dans ces quatre mots est tout entière la révolution morale opérée par l'Évangile. Nous nous inclinâmes devant la | bienfaisante révolution et devant le superbe édifice, au- . quel nous promimes une visite détaillée. j

En attendant nous recevions nous-mêmes, sans nous i en apercevoir, une visite qui ne tarda pas à fixer notre attention : un bataillon de lazzaroni escortait la voiture. A l'épanouissement de leur visage, il était facile de deviner le plaisir que leur faisait goûter l'espérance de servir bientôt les nobles forestieri. Puisque le lazzarone est la première curiosité napolitaine qui se présente, commençons par le décrire. Sans doute il est moins poétique, moins pittoresque, cuxmtMfc,\iirô^

LES UZZARONI. 448

fois: ses anciennes habitudes sont notablement modifiées.

Il ne campe plus dans la rue; le panier d'osier ou la dalle du carrefour ne forme plus son lit; il n'est plus complètement étranger à la civilisation au milieu de laquelle il est lancé; il a renoncé à sa nudité sauvage. En été, il porte un caleçon de toile; comme celle de ses premiers aïeux, sa tête est coiffée du bonnet phrygien, mais il ne connaît que par exception l'usage des bas et des chaussures. En hiver, il se couvre d'un gilet de laine à larges manches et à capuchon ; enfin il est devenu locataire et môme paroissien. Malgré ses changements, il conserve des allures qui en font un type à part. Gai, insouciant, vivant au jour le jour, sans jamais songer au lendemain; jouissant délicieusement de son beau ciel, raisonnant beaux-arts, improvisant des poésies, il trouve dans ce laisser-aller le bonheur ou une illusion qui lui ressemble.

Maître passé en pantomime, il exprime quand il veut, par le jeu varié de sa physionomie, le mouvement de la tête et la mobilité de sa main, tout ce qu'il sent, tout ce qu'il désire; mais ce langage muet ne lui convient qu'avec ses pareils, et dans certaines circonstances où le mystère est un devoir. Partout ailleurs il est le plus criard des mortels * : il crie au lieu de chanter, il crie au lieu de parler; et le jour commence à peine qu'il vous assourdit de ses vociférations incessantes. Pas moyen de vous y soustraire; car il est partout, sur le port, dans les rues, sur les places, devant les monuments, mais surtout devant les stations des voitures publiques : il foisonne au Toledo.

En avez- vous besoin? il est là. Vous est-il inutile? il

1 Napolitani maestriin schiamazzate. lu-raav^w^^ttxsv*

est encore là. Toujours prêt à vous faire accepter ses services, il trouve sans peine le moyen de se rendre nécessaire. Voulez-vous aller à une église ? il en connaît le chemin. A un musée? il vous servira de cicérone. Demandez-vous une barque ? tous les bateliers sont ses amis. Prenez-vous une voiture? il vous ouvre la portière, baisse, relève le marchepied et monte en joekey. Pendant le voyage il rit, il chante, il vous égayé, et de temps en temps vous dit à l'oreille : EcceUenu, una bottiglia. A la fin de la course il saute à bas de la voiture, vous présente un petit tapis pour poser k pied, brosse votre chaussure, vos habits, reçoit vos fornesi, vous salue d'un air respectueux et malin ; pois, cire le sabot du cheval, [lui peigne la crinière, en * tendant une nouvelle pratique.

Le lazzarone est de tous les âges et de toutes les tailles. Dans notre excursion à la grotte du Chien, c'est-àdire pendant une heure et demie, nous fûmes, malgré nos observations, nos protestations, nos menaces réité> rées, impitoyablement suivis par un petit lazzaro, dansfe costume que je viens de décrire. Il ne cessa de nous donner des indications et des renseignements dont nous n'avions que faire. A toutes nos injonctions de se retirer et de nous laisser en paix, il répondait en souriant: Eccellenza si, Eccellenza si; et n'en continuait pa moins. Enfin, dans un mouvement de vivacité, nous lffi dîmes : « Va-t'en, mauvais petit lazzarone. — Ecul lenza, no; non, Excellence, je ne suis pas un lazzarone: je vous demande une bouteille, tandis que les lazzaron prennent les mouchoirs du monde, rubano i fazzoM délia gente. »

Il fallut céder à son importunité; nous lui donnâmes quelques grains ço\xt ftâN&et ^msmm. ^^mj^Ex-

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