‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 168 sur 215 · VUE GÉNÉRALE DE NAPLES · texte numérisé non relu

VUE GÉNÉRALE DE NAPLES

A droite, la scène est pins magnifique encore, La ville descend en amphithéâtre et arrive au superbe quartier de Chiaja, habité par la première société de Naples. A l'ouest, se dessine la montagne escarpée que traverse la fameuse grotte de Pausilippe, et qui, plongeant dans la mer, ferme la cité d'une insurmontable barrière. Adossée au flanc intérieur de la montagne, brille la belle et dévote église délia Madonna di Piè di Grotta; puis vient la Villa Reale, qui étale ses grâces incomparables sur le bord de la mer. Sa position, ses fontaines, ses vases de marbre et de bronze, ses allées d'acacias, ses bosquets de myrtes et d'orangers, son temple circulaire de marbre blanc, sa vue admirable, en font peut-être la plus délicieuse des promenades publiques.

A l'extrémité s'élève, sur une pointe de rocher, la masse imposante du Château de l'Œuf, qui forme une lie et communique avec la terre par une jetée de 200 mètres de longueur. Villa de Lucullus, prison d'Augustule, le dernier empereur romain, monument d'orgueil et d'humiliation, le château de l'Œuf commande le golfe de Naples et le divise en deux parties. Plus loin est la Tour del Carminé, redoutable donjon qui domine l'hémicycle méridional du port, et rappelle l'insurrection de Mazaniello, dont il est destiné à prévenir le retour. Par delà ces édifices, vous voyez briller autour du golfe au bleu d'azur, Portici, avec sa maison royale; Retina, d'où l'on monte au Vésuve, et dans le lointain Castellamare, appuyé aux montagnes, suivi de Sorrento et de la trop célèbre Capri. Les regards, continuant à tourner vers la droite, viennent enfin se reposer sur le cap Misène, d'où Pline l'Ancien, commandant de la flotte romaine, s'embarqua pour sa fatale exploration du Vésuve.

Ce grand spectacle n'est cepoDàNA, <ç*fc >k\siBtafcra&

du panorama napolitain. À mesure qu'on s'élève, l'horizon s'agrandit, et lorsqu'on arrive au couvent des Gamaldules, on jouit d'une des plus belles vues qu'il soit donné à l'œil humain de contempler. Les deux golfes de Naples et de Pouzzoles dans toute leur étendue, les coteaux délicieux de Baja, le plateau accidenté de Cumes, les cratères éteints de la Solfatare et de l'Àstrumi, le lac d'Agnano, la mer immense, d'un côté; et de l'autre, les vastes plaines de la Gampanie coupées de gracieux monticules et couvertes de la végétation la plus vigoureuse et la plus variée, complètent en le développant le point de vue du fort Saint-Elme. Ajoutez à tout cela un ciel d'une magnificence peut-être unique au monde; puis, si vous êtes artiste, saisissez vos pinceaux, et bientôt vous les briserez de désespoir.

Tel est, dans ses traits saillants, le panorama de Naples, contemplé du fort Saint-Elme et des Camaldules. 0 mon Dieu ! quelle sera la patrie de l'homme, votre enfant, si son exil est si beau !

Restés longtemps en extase devant ce spectacle, dont la plume la mieux exercée ne saurait donner qu'une description imparfaite, nous descendîmes pour visiter en détail les principaux points du vaste tableau: la cathédrale eut les prémices. Gomme nous quittions le Largo dei Studj, un fait ancien, mais nouveau pour nous, vint émouvoir profondément notre cœur : le premier régiment de la garde traversait la place de la Trinité et se dirigeait vers l'église du GesU Nuovo. Où vont, silencieux et recueillis, tous ces vieux soldats en demi-tenue, colonel et état-major en tête? Us vont, oreilles françaises du dixneuvième siècle, écoutez bien, ils vont aux exercices de la retraite préparatoire à la communion pascale.

Nous les suivîmes, et nous pûmes voir toutes ces

vieilles moustaches se mettre à genoux devant le Dieu des armées, déposer leurs sabres et leurs casques, puis se grouper autour des confessionnaux et attendre, dans la prière, le moment du discours et de la confession. La retraite dure dix jours, et plusieurs fois il nous fut donné de jouir d'un spectacle si honorable pour ceux qui le donnent et si consolant pour le chrétien qui le contemple. 0 France, autrefois si chrétienne et toujours si brave! quand retrouveras-tu l'intelligence? quand reliras-tu avec impartialité ta brillante histoire? Ce jour-là, nation guerrière entre toutes les autres, tu comprendras la nécessité pour toi de l'alliance obligée de l'esprit chrétien et de l'esprit militaire; depuis que tu l'as rompue, tu as eu des soldats; quand tu l'auras renouée, tu auras des héros !

A la cathédrale, nous attendait l'excellent chanoine /te' Bianchi. Ami intime du savant chanoine de Jorio et son disciple intelligent, M. De' Bianchi voulut bien nous servir de guide. Irrégulière dans sa forme, moitié gothique et moitié grecque dans son architecture, l'église de Saint- Janvier présente un vaste champ d'études à l'artiste et au chrétien. Voici d'abord deux antiques colonnes de porphyre qui en ornent l'entrée. Au-dessus de la grande porte intérieure sont les superbes tombeaux de Charles d'Anjou, de Charles Martel et de Clémence, sa femme, élevés en leur honneur par le comte Olivarès, vice-roi de Naples. Le baptistère, formé d'un vase antique en basalte égyptien, repose sur un piédestal de porphyre, orné des attributs de Bacchus. Cent dix colonnes de granit égyptien, reste de l'ancien temple d'Apollon et de Neptune, soutiennent les voûtes de l'édifice, et sont un nouveau trophée de la victoire évangélique. Vers le milieu de la cathédrale s'ouvre la Basilique de Sainte-

Restitute, qui compose la partie gauche du transept : la chapelle de Saint- Janvier forme la droite.

Sainte-ïtestitute est l'ancienne cathédrale; on la croit de fondation constantinienne. Une inscription en mosaïque, gravée sur l'autel, en fait honneur à sainte Hélène, lorsqu'au retour de la Palestine elle. p^ssa par Naples en se rendant à Rome *.

Quoi qu'il en soit, on convient que les viflgt-deu* colonnes de la Basilique proviennent d'un temple de Diane. Il en est de même des griffes ou consoles qui poutiewient le maitre-autel, spus lequel repose le ççrps de sainte Restitute, Ces objets, fans le style grec, sont d'uft travail exquis.

1 Voici cette inscription :

Lux immen&a Deus postquam dépendit ad ima Annis trecentis complet» atque peraotia, Nobilis hoc templum sancta construxit Helena, Hic bene quanta datur veina vix quisque loquetur, Sylvestro grato papa donante beato, Annis datur clcrus jam instaurator Parthenopensis Mille trecentis undenis, bisque retensis.

Une autre inscription, conservée au collège des Jésuites, prouve le passage de sainte Hélène à Naples :

PIISHLE AC CLEMENTISSWLE DOMINA NOSTR2E AVGVST^E

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