‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 173 sur 215 · LE BATON DE SAINT PIERRE. 4S · texte numérisé non relu

LE BATON DE SAINT PIERRE. 4S

mais au lieu d'y aller il fit porter son bâton à Asprénus, en lui disant de venir lui-môme le trouver. Asprénus prit le bâton, se leva, fut guéri, et devint le premier évoque de Naples.

Quand on réfléchit, disions-nous à Rome, au souvenir d'un fait analogue, qu'à la naissance de l'Église les plus étonnants miracles étaient nécessaires ; quand on entend Notre-Seigneur annoncer à ses Apôtres qu'ils feraient des prodiges plus grands que les siens ; quand on lit dans le texte sacré qu'une parole de saint Pierre suffisait pour rappeler les morts à la vie ; que l'ombre seule de son corps ou le contact de ses. vêtements rendait sur-lechamp la santé aux malades : y a-t-il lieu de s'étonner qu'un objet, tant de fois touché par les mains de l'Apôtre, ait joui de la même vertu ?

Ce bâton qui, de nos jours encore, a été l'instrument de plusieurs miracles, peut avoir 3 pieds et demi de longueur. Il est droit, rond, d'un bois qui ressemble à l'olivier, et orné à la partie supérieure d'une pomme, ou, pour mieux dire, d'un chapiteau en os. On le conserve dans un étui d'argent percé de distance en distance d'ouvertures garnies de cristal, qui permettent de le voir. Avec quelle crainte respectueuse, quel inexprimable bonheur le pèlerin catholique prend en ses mains et couvre de ses baisers ce vénérable témoin des fatigues et de la miraculeuse puissance du grand pèlerin de l'Évangile !

Nous rentrions dans la cathédrale, comme le chapitre arrivait à l'office. Ce corps vénérable se compose de trente chanoines mitres, de vingt-deux semainiers et de dix-huit quar autistes. Quand tous sont rangés dans leurs stalles le coup d'œil est vraiment imposant. Pourquoi faut-il que nous ne trouvions plus de pareil spectacle qu'à l'étranger? Depuis qu'elle a \\oftm\s^%^^^ T. u. ^&

ces grands corps qui étaient l'ornement de la religion, la France est-elle devenue plus respectable, plus morale et plus riche ?

Pour terminer notre journée, il nous restait à voir l'église de Saint-Martin des Chartreux. Si l'Italie est le temple des arts, on peut dire que l'église de Saint-Martin de Naples en est le sanctuaire. Située sons les murailles du fort Saint-Elme, c'est-à-dire dans une position admirable, cette église est la propriété séculaire des enfants de Saint-Bruno. Les bons cénobites ont consacré tous leurs revenus à l'embellir. Les marbres les plus ra* res, découpés avec un goût parfait, en forment le brillant pavé ; Lanfranc, Stanzoni, l'Espagnolet, ont enrichi les voûtes et les chapelles des chefs-d'œuvre de lettr pinceau. La Communion des Apôtres, par ce dernier, Offre un saint Pierre en raccourci d'un effet extraordinaire. Aux piliers d'une chapelle on voit deux pierres de toudie, taillées en forme d'artichaut, d'un travail exquis et d'up prix inestimable. Plus loin est un autel en pierres fines, dont la valeur numérique dépasse deux cent mille francs; ici c'est un tabernacle en écaille transparente ; ailleurs des autels enrichis de lapis-lazuli, d'améthistes, d'agates, etc.

Le Trésoi* n'est pas moins resplendissant que l'église. On y admire la Descente de Croix, le chef-d'œuvre de l'Espagnoiet, et l'un des tableaux les plus pathétiques de la Renaissance. De l'église nous passâmes dans le couvent, dont les superbes cloîtres, ouverts sur le golfe de Naples, sont supportés par des colonnes de marbre blanc du plus beau grain. Les arts, les sciences et les pauvres, telles furent dans tous les pays et à toutes les époques les trois parties prenantes dans le budget des ordres rciigïeux. Quand voudra-i-wv tfe». woswrâal

ÉGLISE DE SAJNT-PlïftaE AD ARAM. 459

« Au milieu de toutes ces richesses, nous disait le vénérable supérieur, nous avons k peine du pain à manger. Les révolutions nous ont privés de nos Mens et nous sommes rappelés à la pauvreté de nos premiers pères; Dieu soit béni! » Le bon religieux nous disait cela sans se plaindre et avec cette douce résignation qui caractérise Théroïsmede la vertu. Que dis-je? il nous fit l'éloge de la France, pour laquelle il témoignait une vive sympathie. Cette charité, vraiment évangélique, pour une nation dont lui et ses frères avaient eu tant à souffrir, me rappela le mot d'un grand pape : < Sont-ils heureux ces Français ! ils font des sottises toute la journée, et Dieu les efface pendant la nuit. »

M Février.

Églises de Saint-Pierre ad Aram,— -de la Piété di Sangri,—ôe Saint- Paul Majeur,— de Saint-Gaétan de Tiene,— de Saint-André d'Avellino.— Chambre de ce dernier.— Saint- Dominique Majeur.-~Tabloaux.— Tombes royales.— Souvenirs de saint Thomas. — L'/neoronata.— Fresques de Giotto. — * Église du Monte Oliveto. — Souvenirs du Tasse,— de sainte Marie del Carminé.— Souvenir du malheureux Conradin.— Le Gesù Nuovo.— Chambre de saint Jeronimo.— Excursion au lac d'Àgnano.— Grotte du Chien.— Villa de Pollion.— Tombeau de Virgile.— Sainte-Marie delParto.— Tombeau de Sannazar.— Sainte-Marte aPiè di Gratta.

C'était le dimanche; il était dans Tordre de continuer notre étude des monuments chrétiens. Vers six heures du matin, je traversais à la hâte les vieux quartiers de Naples. Des rues malpropres, tortueuses, resserrées entre de hautes et noires constructions, me rappelaient notre faubourg Saint-Marceau. Ayant pour guide et pour clerc un jeune Napolitain, né d'un père français* i'allai* dûœ, la messe à l'extrémité de la vitte, <taxv%\«& 4*Èp»fe*ù»k*

des voyageurs et qu'on appelle Saint-Pierre ad Aram.

Ce vénérable édifice, dont la forme irrégulière, insolite, annonce la haute antiquité, marque aux générations le lieu précis qu'habita saint Pierre, pendant son séjour à Naples. Sur la gauche, près de la porte d'entrée, une petite chapelle occupe la place même où, suivant la tradition, l'Apôtre offrit les saints mystères. Dans l'autel, plusieurs fois restauré, on conserve religieusement la table même qui servait à l'auguste sacrifice. J'eus le bonheur de monter à cet autel, et de faire descendre l'adorable Victime sur cette même table, où, dix-huit siècles auparavant, elle était venue s'immoler entre les mains de saint Pierre.

La messe finie, un des prêtres auxquels j'étais adressé me fit examiner avec lui les différentes parties de la pieuse chapelle. Deux anciennes inscriptions me paraissent dignes d'être rapportées : « Siste, fidelis, etpriusquam templum ingrediaris, Petrum sacrificantem venerare. Hic enim primo, mox Romœ fdios per Evangelium genuit, paneque Mo suavissimo cibavit : Arrête, chrétien, et, avant d'entrer dans le temple, honore Pierre, offrant l'auguste Victime. C'est ici d'abord, et ensuite à Rome, qu'il engendra des enfants à l'Évangile et qu'il les nourrit du pain délicieux. »

L'autre, dans le style antique, est ainsi conçue :

QUOD. PRIMA. IN LATIO. CHRISTO. PIA. COLLA. SUBEGI. PARTHENOPE. HjEC PETRI. PRjESTITIT. ARA. F IDEM.

« Que moi, Parthénope, ai la première fois courbé fa tête sous le joug du Christ, cet autel de Saint-Pierre en est la preuve. »

Ces inscriptions ne sont pas, sans doute, contemporaines des Apôtres, mais wv m ^wox, \fc\xs tstasust ^s&

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