‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 174 sur 215 · SAINT-PAUL MAJEUR · texte numérisé non relu

SAINT-PAUL MAJEUR

haute antiquité; et cela suffit pour montrer la perpétuité de la tradition.

De la chapelle nous passâmes à l'oratoire souterrain de sainte Candide. En même temps que ces vieilles substructions, ces dalles noircies, cette forme antique, reportent la pensée aux jours de la primitive Église, le souvenir des . saintes prières, des larmes pieuses, des souffrances et des vertus dont ces lieux furent les heureux témoins, produit sur le cœur une impression de piété que la parole ne peut rendre.

Avant neuf heures, j'étais réuni à notre petite caravane. En nous rendant à Saint-Paul Majeur, nous jetâmes un coup d'œil sur les trois statues, jadis si vantées et aujourd'hui si décriées, de l'église délia Pietà di Sangri. Ces trois statues de marbre blanc sont enveloppées dans des voiles de marbre qui témoignent d'une grande difficulté vaincue. La Pudeur n'a pas du tout l'air pudique ; Notre-Seigneur, enveloppé d'un linceul transparent, semble avoir plus de mérite ; enfin le Vice détrompé, sous la figure d'un homme qui cherche à se débarrasser d'un grand filet qui l'enveloppe, offre d'incontestables beautés de détail : les mailles du filet en marbre, par exemple, sont rendues au naturel.

Saint-Paul Majeur appartient aux Théatins. En avant de la porte principale sont deux colonnes qui faisaient partie du temple de Castor et Pollux, bâti au même lieu par Julien de Tarse, affranchi de Tibère. La Conversion de Saint-Pierre et la Chute de Simon le Magicien, qui ornent la sacristie, passent pour les chefsd'œuvre du fécond Solimène. Mais les vraies richesses de Saint-Paul Majeur sont les corps sacrés de saint Gaétan de Tiene et de saint André d'Avellino. Ces deux saints furent la gloire de leur ovtoe, \fc& \aafcfôsK*> *»

prêtres et les bienfaiteurs de leur patrie. Saint Gaétan mourut le 7 août 1547, et saint André, le 10 novembre 1608 : le même couvent qui avait été témoin de leurs vertus et de leur mort garde leurs restes précieux. Après les avoir vénérés, nous pénétrâmes dans le cloître.

On y voit les vestiges du théâtre sur lequel Néron faisait l'essai de ses talents dramatiques, avant de se produire sur la scène de la grande Rome. De ce monument de la folie impériale, il ne reste que des ruines défigurées. La religion, qui semble en avoir confié la garde à ses enfants pour l'instruction des siècles, leur a légué un autre monument sur lequel les bons religieux veillent avec une piété toute filiale : je veux parler de la chambre de saint André d'Avellino. Telle était l'heureuse cellule au jour de la mort du saint, telle nous la vîmes : rien n'y a été changé. Les pauvres meubles qui furent à son usage, ses livres, son écritoire, sa petite chaise de bois, quelques écrits de sa main, en un mot, tout ce qui compose la fortune ordinaire des grands serviteurs de Dieu, est là qui parle, qui prêche, qui émeut et qui remplit l'âme de je ne sais quel parfum de piété, dont la douce impression se fait longtemps sentir.

Doublement heureux, et de ce que nous avions vu, et de ce que nous allions voir, nous passâmes à Saint-Dominique Majeur. Quand on entre dans cette église, on est en plein moyen âge. Malgré les changements qu'elle a subis depuis environ six siècles, elle porte encore le cachet grandiose de l'art gothique, et le génie puissant et sévère de saint Dominique semble se réfléchir ici comme dans tous les autres bâtiments de son ordre. Parmi les objets d'art on remarque le Crucifiement et la Résurrection, précieuses fresques d'Angelo Franco, le Giotto napolitain ; \e Cénotaphe fo m&ml Sçiaelli ; le

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