SAINT-DOMINIQUE MAJEUR
Tombeau de Jeanne d'Aquin, morte en 1300, et celui de la princesse de Feveloto, Dona Vincenza d'Aquino, la dernière de ce nom, morte en 1599 ; le Portrait contemporain de saint Dominique, regardé comme véritable, et le monument de Galeas Pandone, une des merveilles de l'art dues à Jean de Noie.
Avant d'entrer dans la chapelle du grand Crucifix que nous réservions pour la fin, nous visitâmes la sacristie, qui est à elle seule un des plus remarquables monuments de Naples. Les fresques du plafond, ses armoires en racine, ses stucs dorés, son pavé en marbres précieux, disparaissent devant les douze tombeaux des princes de la maison d'Aragon. Cette nécropole royale renferme toute une dynastie, éternellement regrettée des Napolitains, dont elle fit le bonheur et la gloire. Les tombes, placées en l'air sur une estrade circulaire, sont recouvertes de velours cramoisi et surmontées d'une petite figure de la mort peinte en clair-obscur avec cette inscription : Sceptra ligonibus œquat.
Enfin nous allions voir la merveille dfr Saint-Dominique Majeur. La grande chapelle du Crucifix nous fut ouverte, et un des religieux s'approchant du maître-autel découvrit le Crucifix miraculeux, objet d'une vénération six fois séculaire. Par ordre du pape Urbain IV, saint Thomas avait composé le magnifique office du Saint- Sacrement, oh la théologie la plus exacte se réunit à la piété la plus tendre et k la poésie la plus élevée. Souvent Yangélique auteur était venu chercher des inspirations au pied de ce Crucifix : le travail terminé, il vint offrir ses remerctments au Dieu de qui descend tout don parfait.
Animant tout à coup son image, le divin Maître daigne faire entendre ces paroles k savwV Ttaftttftk \ **«**
scripsisti de me, Tkoma; quam mereedem recipiesf « Vous avez bien écrit de moi, Thomas ; quelle récompense demandez vous? » — « Pas d'autre que vous, Seigneur : » Non aliam nisi te, Domine, répondit le saint qui s'était senti soulever de terre. Le Crucifix, noirci par le temps, peut avoir un mètre et demi de hauteur, et de la bouche de Notre-Seigneur Jésus- Christ on voit sortir les paroles qui précèdent, et qui furent peintes aussitôt après le miracle.
Thomas, dont les écrits recevaient l'approbation du Ciel et les applaudissements de la terre entière, habitait comme le dernier de ses frères une humble cellule. Cette chambre où il composa l'office du Saint-Sacrement, où il vécut pendant les quinze mois qu'il enseigna la théologie à Naples, a été transformée en chapelle, sans perdre sa forme primitive. Elle est petite, faiblement éclairée, et divisée par une cloison à laquelle est suspendue la cloche qui appelait les écoliers du Docteur angélique. Au-dessous est la classe même où il donnait ses leçons; on y voit encore un débris de sa chaire. Cette salle est oblongue et reçoit le jour par trois croisées. Le traitement du puissant professeur était par mois de six ducats ou vingt-cinq francs de notre monnaie * !
Parmi les autres églises de Naples, l'artiste chrétien verra avec intérêt YIncoronata, Sainte-Lucie, et celles que je nommerai plus loin. La première est riche des peintures de Giotto : le Mariage de la reine Jeanne, et les Sept Sacrements, sont dignes du peintre catholique et montrent ce que Fart aurait pu devenir sans l'influence païenne de la Renaissance. La seconde intéresse par son
1 L'ordre de Charles d'Anjou, qui fixe cette somme, se conserve encore dans les archives de Naples : il est de 4272.