‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 176 sur 215 · SAUTE-MARIE DEL CARMINE · texte numérisé non relu

SAUTE-MARIE DEL CARMINE

antiquité. Sainte-Glaire, surmontée d'un beau clocher gothique, est la plus élégante des églises de Naples ; elle sert de sépulture à la famille régnante, et conserve une belle Vierge de Giotto.

Dans l'ancien couvent de la fameuse congrégation de Monte Oliveto, on se souvient du Tasse, qui, pauvre et souffrant, y trouva un asile. Le poëte paya la bienveillante hospitalité dont il était l'objet par son poëme inachevé : Origine délia congregazUme di Monte Oliveto. L'église, très-bien conservée, est un véritable musée de sculpture. Le ciseau de Jean de Nola s'est surpassé dans les quatre Évangélistes, qui décorent la chapelle de' Liguori.

Sainte-Marie del Carminé, une des plus populaires églises de Naples, est ingrate pour l'artiste, mais riche pour le chrétien et pour le savant. Au premier, elle présente le Crucifix miraculeux, qui, pendant le siège de Naples, en 1439, baissa la tête afin d'esquiver un boulet de canon. Chaque année, le lendemain de Noël, on l'offre à la vénération publique, et toute la ville, les magistrats en tête, viennent honorer ce signe de salut et de protection. Honneur au peuple de Naples ! les cœurs reconnaissants sont rarement de mauvais cœurs.

Au savant, cette église rappelle une des plus tragiques catastrophes de l'histoire. C'était le 29 octobre 1268, Charles d'Anjou régnait à Naples, Par son ordre un échafaud se dressait sur la place du Marché qui est devant l'église. Bientôt on y vit monter deux jeunes princes, Conradin de Souabe et Frédéric son cousin : le premier n'avait que dix-sept ans. Venu en Italie pour réclamer ses droits au trône de Naples, il est trahi par le seigneur d'Astura qui le livre à Charles d'Anjou. L'impératrice Marguerite n'a pas plus tôt appris le malheur de son fils, l'unique héritier de l'illustre maison de

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Souabe, qu'elle accourt du tond de F Allemagne pur acheter sa vie.

Elle arrive trop tard ; les jeunes princes avaient péri par la main du bourreau, et l'infortuné Conradin n'avail (ait entendre que ce cri : « 0 ma mère ! quelle «Jouteur « vous causera la nouvelle qu'on va vous porter de « moi M » A cette nouvelle, l'impératrice consacra b prix inutile de la rançon à l'église et au monastère éâ Carminé, oh sa statue la représente la bourse à la main. Derrière le mattre-autel nous pûmes lire, à la tueur d'une lampe, une inscription qui marque le lieu ob furent déposés les corps des deux jeunes prinees. Étrange vids* tude ! C'est sur cette même place du Marché, théâtre du régicide, qu'éclata deux siècles plus tard la révotokm populaire dirigée par Mazanlello.

Un spectacle plus consolant nous attendait an Ge* Nuovo. Dans la maison des Jésuites contiguô à cette église, est la chambre immortalisée par les vertus do père de Jeronimo. Ce saint religieux, que Rome vient de placer sur les autels du monde catholique, habita pendant quarante ans cette petite et obscure cellule. Son corps repose dans l'église sous un magnifique autel, où nous pûmes le vénérer. On se rappelle que l'homme de Dieu tenant un jour sur ses genoux saint Alphonse de Liguori, encore enfant, disait à la mère de ce petit ange: « Je serai au ciel avant lui, mais nous serons canonisés

1 L'histoire ajoute que ce prince malheureux jeta son gant du haut de l'échafaud, pour marque de l'investiture qu'il donnait à celui de ses parents qui voudrait le venger. Un cavalier, ayant eu la hardiesse de le prendre, le porta à Jacques I", roi d'Aragon, qui lava dans des torrents de sang napolitain le meurtre du jeune pnn<&.

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