‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 178 sur 215 · VILLA DE P0LL10N · texte numérisé non relu

VILLA DE P0LL10N

Auguste soupait chez Pollion : un esclave de ce dernier casse un verre de cristal ; Védius fait aussitôt saisir le maladroit ; et, comme s'il avait commis le plus énorme des crimes, il le condamne à être jeté vivant à de grosses murènes qu'il nourrissait dans une piscine, moins pour satisfaire sa gourmandise que pour assouvir sa cruauté.

« L'esclave s'échappe et vient tomber aux pieds de César, demandant non qu'on lui fit grâce de la vie, il connaissait trop bien son maître, mais à périr d'une autre manière, et à n'être pas mangé par ces poissons cruels. L'empereur s'abaisse jusqu'à implorer la pitié de Pollion, qui demeure inexorable. Alors cédant à un noble mouvement d'indignation, Auguste accorde la grâce pleine et entière du coupable, fait briser tous les vases de cristal, ordonne de combler l'infâme piscine, dans laquelle ce Védius, de race d'affranchi, se donnait le spectacle d'un Romain dépecé et dévoré en un instant par ces espèces de serpents aquatiques *. »

Voilà tout ce que le maître du monde crut pouvoir faire en faveur de l'humanité outragée. Néanmoins, tel qu'il est, ce trait honore le premier des Césars. Pourquoi faut-il que, quelques pages plus loin, l'histoire ajoute : « Un jour, Auguste fit crucifier un de ses esclaves pour avoir fait rôtir et mangé une caille qui, dans les combats de ces petits animaux, battait toutes les autres et s'était jusqu'alors montrée invincible f . »

Immédiatement au-dessus de l'entrée de Pausilippe, du côté de Naples, est le petit Columbalre, regardé comme le tombeau de Virgile. Une grotte élevée de

* Senec, de Ira, m, 40. — Dio,liv, p. 614. — Plin., ix, 27. — Senec, de Clementia.9i^ 18.

* Plutarc, Apophthegm. /tom.,^0»

T. il. ** «

quelques mètres au-dessus du sol, nue, dégradée, couverte de ronces ; voilà ce qu'est aujourd'hui la tombe du trop fameux poëte de Mantoue. C'est à peine si on peut lire, sur une des parois, l'épitaphe que Virgile lui-même s'était composée, en manifestant la volonté d'être enterré à Naples :

Mantua me genuit; Calabri rapuere ; tenet nunc Parthenope : cecini pascua, rura, duces.

Le laurier, planté par Pétrarque, et renouvelé par Casimir Delavigne, a séché ; comme souvenir, je fus réduit à une feuille de mûrier sauvage. Ajoutons qu'un Anglais s'est fait inhumer près du tombeau virgilien : on dirait qu'au privilège du spleen le nomade enfint d'Albion veut joindre le monopole de toutes les excentricités. Descendus de la montagne, nous visitâmes Notre-Dame del Parto, fondée par Sannazar : cet autre poëte, moitié chrétien, moitié païen dans ses ouvrages, se montre tel encore dans son monument funèbre beaucoup trop vanté. Nous terminâmes notre longue journée en offrant nos adieux du soir à la gardienne des voyageurs, dans la pieuse église de Sainte-Marie a Piè di Grotta. Nous y trouvâmes un egrande affluence de fidèles de tout âge et de toute condition qui, pieusement agenouillés devant l'image miraculeuse de l'auguste Vierge, chantaient en chœur ses gloires divines et ses bontés maternelles.

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