‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 179 sur 215 · POUZZOLES · texte numérisé non relu

POUZZOLES

£1 Février.

Grotte de Pausilippe.— Pouzzoles.— Souvenir de saint Paul.— Cathédrale.—Souvenir de saint Janvier.— Piédestal du temps de Tibère. —Temple de Sérapis. — Voie Campanienne. — Le lac Lucrin.— Anecdote. — Le lac Avenue et la grotte de la Sibylle.— Baja.— C urnes. — Bauli. — Le cap Misène. — Piscine admirable.— Les Champs-Elysées.— Le Macaroni. — Souvenirs et impressions.

Presque à Pégal de Rome, Naples est la terre classique de l'antiquité païenne. Vers les derniers temps de la république, la séduisante Parthénope et ses rivages enchantés étaient devenus le rendez-vous général, le Baden de la haute société romaine : pas une famille célèbre qui n'eût sa villa sur les bords ravissants du golfe de Baja. Voilà pourquoi Virgile, en poète qui veut devenir populaire, plaça dans ces lieux le théâtre des plus brillants épisodes de son poëme national.

Pour faire une connaissance intime avec ce monde d'Auguste, de Tibère, de C4aligula et d'Adrien, il faut visiter successivement Pouzzoles, Pompéi et le musée Bourbon. A Pouzzoles, on trouve des ruines éloquentes et une moisson de souvenirs ; Pompéi montre au voyageur non plus seulement des ruines, mais une ville bien conservée, avec ses temples, ses Basiliques, ses forum, ses rues, ses maisons, une ville antique à laquelle il ne manque, pour être une ville moderne, que du mouvement, des habitants et l'ameublement ordinaire. Le musée Bourbon complète Pouzzoles et Pompéi. Dans ce vaste dépôt vous trouvez les meubles, les ustensiles, les vases, les inscriptions, les peintures, les statues, que dirai-je? tous les objets capables d'initier un homme du

dix-neuvième siècle aux plus intimes secrets de la vie domestique, civile et religieuse d'un monde enseveli depuis deux mille ans.

L'ordre logique de ces études, également intéressantes pour l'antiquaire et le chrétien, nous appelait à Pouzzoles. Un temps magnifique, un ciel sans nuage, une atmosphère d'une transparence inconnue partout ailleurs, nous avions à souhait tout ce qu'il faut pour jouir du riche spectacle que nous allions contempler. Franchissant rapidement h villa Reale, où se promène en calèches découvertes toute la fashion napolitaine, nous arrivâmes à la grotte de Pausilippe.

Cette galerie souterraine perce la montagne, dont la masse imposante intercepte toute communication autrement que par mer entre Naples et la campagne : elle s'appelle Pausilippe, c'est-à-dire repos. Qui ouvrit ce libre passage ? On l'ignore. Déjà Sénèque le décrit, et tout porte à croire qu'il est bien antérieur à ce philosophe *. Quoi qu'il en soit, ce chemin souterrain, creusé dans le tuf litoïde, a 960 pas de longueur, 30 pieds de largeur et 80 de hauteur. Il est éclairé, de distance en distance, par des réverbères et par deux larges soupiraux pratiqués aux extrémités : deux heures après l'avoir franchi, on arrive à Pouzzoles.

Cette petite ville, jadis célèbre par son commerce, est bien déchue de sa splendeur ; mais ce qui n'a pas changé, c'est sa délicieuse position. Debout sur le quai, le visage tourné vers le golfe au bleu d'azur, le spectateur contemple, au sud, Capri, tristement célèbre par les infe-

1 Nihil Mo carcere longius, nihil Mis faucibus obaeurius. Epist. 57. — Strabon attribue la percée de Pausilippe à l'architecte Coccéius, contemporain d'Auguste. Lib. Y, 259.

Page 1