‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 180 sur 215 · POUZZOLES · texte numérisé non relu

POUZZOLES

mies de Tibère ; au couchant, le cap Misène, qui domine de toute sa hauteur le superbe bassin ; Bauli et sa Piscine admirable, à laquelle se relient les coteaux semicirculaires où la voluptueuse Baja étageait ses villas et ses temples ; à l'ouest, le plateau jàe Cumes, fameux par la résidence de la Sibylle ; le lac Lucrin, où les Romains parquaient les huîtres vertes dont ils étaient si friands; le Monte Nuovo, monticule volcanique, formé en 1838, après un tremblement de terre qui engloutit la petite ville deTrepergole; lemontFalerne, connu par ses vins mielleux, que chanta si souvent la muse épicurienne du vieil Horace; la ville ruinée de Cicéron, dans laquelle Adrien, mort à Baja, fut d'abord enseveli; au nord, les montagnes verdoyantes de la Solfatare, l'ancien forum de Vulcain, couronnées par les ruines du vaste amphithéâtre où le sang des gladiateurs coula en l'honneur d'Auguste, et par la superbe voie Gampanienne, bordée de tombeaux qui s'étendent à plus de deux milles.

Jouir de ce ravissant spectacle, nourrir notre âme des souvenirs classiques dont cette terre abonde, c'était là sans doute un motif de notre excursion ; mais il n'était pas le seul : un intérêt plus grand nous appelait en ces lieux, comme il doit y appeler tout voyageur chrétien. Me transportant par la pensée à dix-huit siècles, j'animais tous ces bords enchanteurs ; je les repeuplais de leurs palais, de leurs thermes, de leurs temples, de leurs villas, étincelantes de pourpre, de peintare, de bronze, de marbre et d'or. A ces balcons de jaspe et de porphyre, sur ces délicieuses terrasses décorées de myrtes blancs et de lauriers-roses, je voyais se promener les maîtres et les maltresses du monde : Marius, Pompée, Lucullus, Cicéron, Hortensius, César, Auguste, Néron, Agrippine, Adrien; que sais-je? Tous ces géants de la puissance, de la

fortune et de la gloire avaient là une demeure de volupté1.

Je voyais donc toute cette éblouissante société, contemplant, le trentième jour de mai de Fan 59 après Jésus- Christ, cette mer de Baja transparente comme un cristal de roche et unie comme une glace de Venise, jouissant de ce soleil et de ce ciel unique : lorsque tout à coup apparaît, doublant le cap Misène, un navire qui porte sur sa poupe la grande image de Castor et de Pollux et qui, poussé par un bon vent du midi, cingle rapidement vers Pouzzoles. Ses voiles de perroquet sont déployées : c'est un navire d'Alexandrie, on le reconnaît à ce signe d'honneur. Et toutes les villas s'animent, et tout le peuple est sur le port pour le voir arriver 2.

Romains et Romaines, regardez-le bien. A son bord est un homme que plusieurs d'entre vous connaissent: c'est Julius, centurion de la cohorte Augusta. Sous sa

1 Horat., ep. i, v. 83 ; ep. m. — Plutarch., in Mario, 60.

* Quod Paulus Alexandrina navi dicatur advectus, hic opportune in médium adducenda sunt quse scribit Seneca, épis t. 77, ad Lucilium, de navibus Âlexandrinis cum Puteolos appellunt, quam prae caeteris illae nobilitatae essent, et a concurrente ad portum populo spectarentur avidius ; haec enim ait : Gratus illarum Campaniae aspectus est, et omnis in pilii Puteolorum turba consistit ; et ex ipso génère velorum Alexandrinas (quamvis in magna turbo navium) intelligil. Solis enim licet supparum intendere, quod in alto omnes habent naves; nulla enim res œquè adjuvat cursum quam summa pars veli, illinc maxime naves urgetur. Itaque quoties ventus increbuit, majorque est quam expedit, antenna submittitur : minus habet virium fletus ex humili. Cum inlravere Capreas et promontorium, ex quo, alta procelloso speculatur vertice Pallas, cœlcrae vcle jubentiH* esse contenlae : supparum Àlexandrinarum insigne est. — Voyez Bar., an. 59, 1. 1, p. 454, n. B.

Page 1