HISTOIRE ET RUINES DE POMPÉI
mille habitants. Fondée par les Étrusques ou les Grecs, elle fut convertie en colonie romaine par Sylla, et devint, comme tous les environs de Naples, un séjour de délices pour la haute société de l'empire. Cicéron, qui avait des villas partout, en avait une à Pompéi , dont il égale les agréments à ceux de Tusculum : Tusculum et Pomptianum valde me délectant.
L'an 63 de l'ère chrétienne, un tremblement de terre causa de grands dommages à Pompéi; mais les traces en avaient presque entièrement disparu, lorsque la terrible éruption du Vésuve de Tan 79 anéantit cette malheureuse ville, ainsi qu'Herculanum et Stabia. Herculanum était, dit-on, une ville de quarante mille âmes ; la population de Stabia est incertaine. Pour assister, en quelque façon, à l'épouvantable catastrophe dont nous allions , après dix-sept cents ans , reconnaître les effets, la pensée nous vint d'en lire la description dans Dion Cassius et dans Pline le Jeune, témoin oculaire.
Voici leurs paroles : « Le l,r novembre de la première année du règne de Titus, à une heure après midi, on aperçut, du côté du Vésuve , un grand nuage d'une forme singulière, et qui , semblable à un pin, s'élevait d'abord à une hauteur considérable, et formait comme un tronc d'où s'échappaient plusieurs branches. Ce nuage était tantôt blanc, tantôt sale, et parsemé de taches. Cependant tout devenait eflrayant dans la nature; la terre tremblait, la cime des montagnes ondoyait ; des bruits souterrains semblables au tonnerre se mêlaient à de longs mugissements qui faisaient retentir les côtes de la mer, le sol devenait brûlant, le golfe de Naples bouillonnait, le ciel était en feu : il semblait que tous les éléments déchaînés se faisaient une guerre dont les hommes allaient être les victimes.
« Tout à coup le feu souterrain cause de cette effrayante commotion, vainquit les obstacles, et le Vésuve lança dans les airs des pierres d'une grosseur prodigieuse, qui roulaient du haut de la montagne. Des colonnes de flammes sortirent du cratère et furent bientôt suivies d'une fumée si épaisse , qu'elle obscurit le soleil et changea le jour en une nuit affreuse. Alors l'épouvante fat à son comble : chacun croyait toucher à sa dernière heure. On s'imaginait voir dans ces horribles ténèbres des géants et des fantômes armés les uns contre tes autres : il semblait que le monde allait rentrer dans le chaos, ou il entraînait les dieux eux-mêmes. Les uns quittaient leurs maisons agitées et prêtes à se renverser sur eux, pour chercher leur salut dans les rues et dans les campagnes ; les autres fuyaient des campagnes dans les villes et dans les maisons : ceux qui étaient en mer s'efforçaient de gagner la terre, et de la terre on courait vers la mer. »
Cependant arrivent d'immenses nuées de cendres qui remplissent l'air, la terre et la mer. Elles furent portées jusqu'à Rome en assez grande quantité pour y obscurcir le jour. La surprise fut égale à la terreur, parce que la cause de cet étrange phénomène n'était encore connue que dans la Campanie. « Ici, ajoute Pline, elles tom baient en pluie si abondante et si rapide, qu'étant à Misène, éloigné de cinq lieues du Vésuve, et obligé de m'asseoir avec ma mère à côté du chemin, de peur que la foule qui fuyait en tumulte ne nous écrasât dans l'obscurité, il fallait nous lever incessamment pour secouer la cendre qui, sans cette précaution, nous aurait couverts et même étouffés1. »
1 Lib. VI, ep. 16 et £0, ad Tacit,