‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 19 sur 215 · ÉGLISE DES SAINTS-SÉRÉE-ET-ACHILLÉE · texte numérisé non relu

ÉGLISE DES SAINTS-SÉRÉE-ET-ACHILLÉE

jusqu'au milieu de ses joies bruyantes, l'empereur fratricide : Bois ton frère : Bibe fratrem.

Non loin des Thermes de Caracalla, s'ouvre la vallée d'Égérie, si connue dans l'histoire de Numa. A la grotte mystérieuse succède un monument chrétien cligne de l'attention du voyageur : c'est l'église des Saints-Nérée-et- Achillée. Le Christianisme, entré avec saint Paul dans le palais des Césars, s'y était maintenu avec avantage malgré les persécutions : quelques membres des familles impériales l'avaient embrassé. Dans ce nombre on compte Flavia Domitilla, nièce du consul Flavius Clemens, cousin de Domitien. Baptisée par saint Pierre, elle eut à son service deux frères, Nérée et Achillée, régénérés comme elle par le prince des Apôtres, et qui persuadèrent à la jeune princesse de consacrer sa virginité au Seigneur. Reconnus pour être chrétiens, ils furent relégués dans l'île Pontia et martyrisés à Terracine; leurs corps, enlevés par les fidèles, reposèrent longtemps dans la catacombe de Prétextât, sur la voie Ardéatine ; plus tard ils furent placés dans l'antique église qui porte encore leur nom. Bâtie par le pape Jean Ier, dans un terrain appartenant à sainte Lucine, cette basilique fut réédifiée par saint Léon III. L'illustre cardinal Baronius, en étant devenu titulaire, prit un soin particulier de la conserver. C'est lui qui, en 1597, y fit rapporter les corps des saints martyrs, avec celui de sainte Flavie Domitille, que Grégoire IX avait placé dans l'église de Saint- Adrien.

Avant d'être dédiée aux saints Nérée et Achillée, la Basilique s'appelait Fasciola, ce qui veut dire Bandelette ou petit lange, nom qu'elle conserve encore aujourd'hui. Si vous recherchez l'origine de cette dénomination singulière, la tradition romaine vous répond : c Saint Pierre passant en cet endroit de la voie Appienne, un des linges

mis par les chrétiens sur les plaies dont les ceps avaient couvert ses pieds se détacha, et un édicule vint marquer le lieu ou le fait s'était accompli f. » Deux fois respectable par son antiquité et par les noms qui Pappuient, la tradition dont je parle tirerait au besoin sa certitude de la circonstance même dont elle témoigne.

Qui ne sait que le soin le plus attentif à conserver les moindres faits de la vie des Apôtres rentre parfaitement dans le génie de la piété primitive? Le doute n'est pas permis quand on connaît la vénération profonde, la tendresse filiale, je dirais le saint enthousiasme des chrétiens de Rome pour saint Pierre et saint Paul. Tous les monuments attestent qu'ils les suivirent pas à pas, indiquant d'abord par des oratoires, par des chapelles, et plus tard immortalisant par des églises magnifiques tous les lieux dépositaires de quelque souvenir apostolique.

L'église des Saints-Nérée-et-Achillée offre une riche moisson à l'artiste et à l'archéologue. Le baldaquin est soutenu par quatre belles colonnes de marbre africain; les deux ambons, bien conservés, présentent des détails d'un grand intérêt. Dans le chœur, au rond-point de l'abside, s'élève la chaire pontificale sur laquelle saint Grégoire le Grand prononça la vingt-huitième de ses homélies, dont une partie est gravée sur le dossier de cette chaire. Mais le monument le plus important est la belle mosaïque de l'abside; elle date de l'an 796, et représente la Transfiguration. Au sommet de l'arc on voit Notre-Seigneur avec Moïse et Élie; plus bas les trois Apôtres saisis de frayeur, courbés vers la terre et se voilant la face de leurs manteaux. A gauche apparaît la Sainte Vierge recevant la visite de l'Ange ; à droite, Marie

* Màzzol., 1. VI, p. 251.

Page 1