LES SEPT SALLES
tenant l'Enfant Jésus debout sur son sein ; près de là est un ange aux ailes étendues, dans l'attitude de l'admiration. Depuis plus de mille ans, la divinité du Fils et la divine maternité de la Mère brillent dans cette immortelle peinture. Voilà donc contre les novateurs de tous les temps et l'antiquité de la foi et l'immuable raison des siècles1.
Rentrant en ville par la Voie des Triomphes, nous pénétrâmes, au delà du Colisée, dans une vigne qui communique aux sept Salles, sette Sale ou sette Camere. On appelle de ce nom sept magnifiques réservoirs qui fournissaient des eaux d'abord aux jardins de Néron, puis aux thermes de Titus. D'autres les regardent comme des ruines du Nymphœum de Marc-Aurèle 2. Quoi qu'il en soit, les sept Salles méritent d'être vues, parce qu'elles donnent une haute idée de la magnificence romaine. Les chambres et les vastes corridors qui les avoisinent firent partie de la maison d'or de Néron. On sait que cette maison gigantesque fut d'abord appelée domus transitoria, parce que le peuple en traversait les portiques pour aller du Cœlius à l'Esquilin. Cette circonstance nous semble expliquer, d'une part, la présence des médaillons impériaux peints au sommet de la voûte, et représentant l'empereur surmonté d'une aigle aux ailes étendues; d'autre part, la singulière inscription que je vais transcrire en latin, car
Le latin dans les mots brave l'honnêteté; Mais le lecteur français veut être respecté.
1 Voyez, sur l'église des Saints-Nérée, etc., le savant et curieux ouvrage de l'abbé D. Bartelemi Pi azza : Santuario Romano délie stazioni, slaz. 23 ; etRoma christiana ad diem 12 Maii. — Voyez aussi Ciampim, Monim. veter. t. II, p. 123.
• àmm. Marcell., lib. XV.
Donc, sur les murs de ces superbes couloirs on lit :
Duodecim deos et Dianam , Et Jovem optimum maximum
Habeat iratos, Quisquis hic minxerit aut cacarit.
Les anciens mettaient la propreté de leurs monuments sous la protection des dieux, nous la mettons sous la garde de la police. Au-dessous de l'inscription s'allongent deux grands serpents tournés l'un contre l'autre et séparés par un faisceau de verges. Adoré des Romains comme de tous les autres peuples, le serpent commande le respect, et le faisceau de verges indique la punition du délinquant.
Comme nous quittions les sept Salles pour nous rendre au Forum -de Nerva, nous aperçûmes un meunier qui conduisait cinq mules chargées de sacs de farine. « Voilà, nous dit-on, les cinq mules de Sixte V. — C'est à leurs dents que vous les connaissez? répondîmes-nous sur le ton delà plaisanterie. — Non, je parle sérieusement; voici le fait. Comme la plupart des grands hommes, Sixte V avait une manie, il comptait tout par cinq, n défendit aux meuniers d'entrer à Rome avec plus de cinq mules et avec moins de cinq : sa défense a toujours été maintenue. Il laissa en mourant cinq millions de scudi au trésor, et cinq mille mesures de blé dans les greniers publics ; il construisit cinq fontaines monumentales, il éleva cinq obélisques, il prit le nom de cinq ; il disait qu'il ne régnerait que cinq ans, et sa prédiction s'est vérifiée : élu en 1585, il mourut en 1590. »
Depuis cette explication, nous ne rencontrâmes jamais les meuniers avec leurs cinq mules, ni plus ni moins, sans penser au grand pape, et sans applaudir à la con-