ASPECT GÉNÉRAL
Lors de la découverte, on y lisait encore les restes d'une affiche, par laquelle on annonçait : deux combats de gladiateurs de Rufus et une chasse dans V amphithéâtre avec velarium.
Les édifices de Pompéi, tant publics que particuliers, sont d'une construction noble, élégante, sans avoir la pureté de l'architecture grecque. Les maisons, en général, ont un étage avec le solarium, et les appartements sont petits. On retrouve à peu près partout la même forme et la même distribution : il n'y a de différence notable que dans la grandeur et les détails de luxe, proportionnés à la fortune des propriétaires : presque toutes les façades sont peintes en rouge. Jusqu'ici vingt-deux rues ont été découvertes ; celles qui avoisinent le Forum et les théâtres sont larges et régulières, les autres sont généralement étroites et tortueuses. Tomes sont pavées en larges dales du Vésuve et bordées de trottoirs de chaque côté.
De distance en distance on voit des bornes servant à consolider les trottoirs ou à monter à cheval. La plupart des rues, établies en chaussée, sont assez larges pour que deux chars puissent passer de front : il faut seulement remarquer que les chars anciens n'ont que 4 pieds de voie. Sous les trottoirs on remarque des vides par lesquels les eaux pluviales coulaient dans les égouts et s'en allaient à la mer, dont les flots baignaient les murs de la ville.
Dans presque tous les carrefours on trouve des fontaines d'une bonne architecture qui recevaient leurs eaux des longs aqueducs établis entre la ville et les montagnes. Elles sont généralement ornées de bas-reliefs représentant des têtes de dieux, d'animaux, à qui sansdoate elles étaient dédiées ou dont elles portaient le nom. Gomme dans nos villes actuelles» <te&totu& ^ûl^ss^
entouraient les fontaines et les protégeaient contre les roues des voitures.
Aux carrefours on voit encore des peintures ou des autels consacrés aux dieux tutélaires des rues, appelés Lares compitales. Dans les différentes parties du petit sanctuaire, des fresques représentent les sacrifices offerts à ces divinités : on voit presque partout un ou deux, serpents qui engloutissent les mets consacrés. Le bas peuple surtout avait une dévotion particulière pour ces sortes de divinités, auxquelles on le voit présenter sur un plat des fruits, des fleurs, des légumes, etc.
Après ce coup d'oeil général nous descendîmes dans l'intérieur de la ville. Gomment rendre l'impression qu'on éprouve en parcourant ces rues solitaires où les chars qui les traversèrent il y a bientôt deux mille ans ont laissé la profonde empreinte de leurs roues; ces temples, avec leurs colonnes et leurs autels, mais veufs de leurs prêtres et de leurs dieux ; ces théâtres, avec leurs coins, leurs gradins, leur scène, leur avant-scène et leurs portiques, mais sans acteurs ni spectateurs; ces fontaines bien conservées et qui ne coulent plus ; ces Basiliques et ces forum, bruyants rendez-vous des oisifs et des hommes d'affaires, où Ton ne rencontre que quelques lézards qui fuient à l'aspect des vivants ?
Voici les Thermes avec leurs salles du bain froid, du bain chaud, du bain tiède, ainsi que les niches oii l'on plaçait les strigiles et les pots de parfums ; mais où sont les baigneurs voluptueux qui en faisaient usage ? Voici les boutiques, avec leurs poids et les balances ; mais où sont les marchands et les acheteurs? Voici l'auberçv d'Albinus ; mais point de mule attachée aux anneaux ce fer devant la porte de l'étable.
Enfin voici les maisons <tes particuliers ; passez sans
crainte devant la loge du chien, ce fidèle animal n'y est plus ; entrez dans la cuisine, voyez les réchauds et les ustensiles, mais plus de feu, plus démets, plus de cuisinier ; pénétrez dans Fexèdre ou salle de réception, parcourez le jardin et les chambres à coucher, personne qui les occupe. Et pourtant, telle est la conservation de toutes ces choses, telle la fraîcheur des peintures décoratives, tel l'éclat des mosaïques et des pavés de marbre précieux, qu'on croit entrer dans une maison bâtie la veille. On est tenté de s'asseoir en attendant le retour des maîtres ; et il y a dix-sept siècles que ces maîtres sont absents... ils ne reviendront plus...
Partout solitude profonde, silence solennel, qu'interrompent à peine le colloque fugitif du cicérone et de l'étranger venu de loin pour visiter cette nécropole ; ou le pas du vétéran, ruine ambulante qui veille sur les remparts ; ou la pioche du fossoyeur qui déterre lentement quelques coins de la cité ensevelie toute vive, et bien mieux conservée sous sa couverture de cendres que la momie égyptienne dans son triple rang de bandelettes parfumées.
Les édifices que nous visitâmes en particulier sont les suivants :
Le Panthéon ou temple à' Auguste. Ce superbe édifice, en forme de rotonde, servait de trésor public et de salle de banquet ; il est supporté par douze colonnes et entouré de onze chambres destinées aux prêtres ou aux principaux habitants, lorsqu'il y avait des festins publics. Les fresques qui décorent l'intérieur sont d'une pureté de dessin et d'une fraîcheur surprenante ; mais la plupart représentent des sujets lubriques ou des scènes de table : audeià de l'enceinte est le Triclinium des prêtres.
Le temple de Vénus, un des pta.% <m^&w5&&& ^^
ville, est situé sur la gauche du Forum. Ses dépendances sont ornées de peintures, et les inscriptions qui en couvrent quelques parties rappellent les riches présents offerts à la déesse, ainsi que la restauration du collège des prêtres consacrés au culte de l'impure divinité.
Le temple de Jupiter s'élève non loin de celui de Vénus, à l'extrémité du Forum. Il forme un vaste carré long, auquel on arrive par plusieurs marches : la façade tournée vers le Forum produit un très-beau coup d'œil.
Le temple de Mercure fait pendant à celui de Vénus, mais il est beaucoup plus petit. Le temple de la Fortune; à quelques pas du Forum, fat trouvé incrusté de marbres précieux et chargé d'ornements. On y monte par huit degrés; dans le sanctuaire étaient deux statues : Tune de femme et l'autre qu'on dit de Cicéron, parce que les inscriptions semblaient rappeler cet orateur.
Le temple d'Hercule ou de Neptune, situé dans le Forum triangulaire, présente un vaste parallélogramme.
A l'entrée sont deux autels pour l'immolation et le sacrifice des victimes : ces autels carrés, lourds, massifs, élevés de i mètre environ, présentent encore les conduits par où tombait le sang des victimes.
Le temple d'/sis, ayant aussi deux autels à l'entrée, est beaucoup plus petit que le précédent ; il forme une sorte de vaste niehe, à laquelle on arrive par de nombreux degrés. Au fond est un autel creux servant de piédestal à la statue de la divinité qui rendait des oracles par la bouche de l'idole. L'inscription suivante, gravée sur la porte, rappelle le tremblement de terre de l'an 63 et h restanratioïi àe Yttâfifife «voLteàs» te, ^.^^&
Celsinus, que les décurions reconnaissants admirent gratuitement dans leur corps :
N. POPIDIVS. N. F. CELSINVS
iEDEM. ISIDIS. TERREE. MOTV. CONLAPSAM
A. FUNDAMENTO. P. S. RESTITVIT. HUNC. DECURIONES. OB
LIBERALITATEM
CVM ESSET. ANNORUM. SEXS. ORDINI. SUO. GRATIS.
ADLEGERVNT.
Des temples nous passâmes aux édifices publics : le premier dans lequel nous entrâmes, c'est la Caserne. Quel fut notre étonnement de lire sur les colonnes et sur les murs des noms, des mots, des dessins plus ou moins bizarres, gravés avec la pointe d'un sabre ou d'un javelot par les soldats dans l'oisiveté du corps de garde ! La cuisine est assez remarquable, parce qu'on y trouve des foyers bien conservés. « Ils ont, dit M. Mazois, la forme de ce qu'on appelle, en termes culinaires, une paillasse, c'està-dire d'une espèce d'âtre relevé, et ils s'étendent le long d'une grande pièce, de manière à permettre de faire la cuisine pour un grand nombre de personnes. »
Près de la caserne s'élèvent YOdéon et le Grand- Théâtre,Yun et l'autre très-bien conservés. Dans le premier, au bas du Proscenium, on lit, sur le pavé, l'inscription suivante, en lettres de bronze :
M. OCVLATIVS M. F. VERVS. II. VIR. PRO. LVDIS.
Tandis qu'elle rappelle le nom du magistrat préposé aux spectacles, une autre inscription, gravée sur le marbre, dit que le théâtre fut constnûX ^VssAteKssrô*
Quintius et Porcius, avec le consentement des décurions: