‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 197 sur 215 · VIE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

VIE PUBLIQUE

soit familier avec les usages anciens, on suit dans tous ses détails Tordre du sacrifice et de la fête ; on croit entendre l'harmonie des trompettes et des cors , le son brisé du fifre, et Ton voit les poses mystérieuses du prêtre, dansant à la tête de l'orchestre qui le suit. Enfin la fumée, la flamme et le bel ordre de la foule recueillie vous transporteront au milieu du temple, et vous croirez faire vous-même partie du cortège.

Nous venions d'assister k une cérémonie solennelle dans un temple public; il fallait voirie culte domestique ^accomplissant dans le secret de chaque famille. Les Lasarium et les Sacrarium, visités la veille, étaient présents à notre imagination : aujourd'hui, rien de plus facile que de les contempler tels qu'ils étaient il y a dixhuit siècles à certaines heures du matin et du soir, alors que toute la famille s'y réunissait. Les petits autels des dieux lares, incrustés d'argent ; les dieux mêmes en bronze, en marbre, délicatement travaillés; les réchauds élégants, les vases, les coupes, la cendre même, et le reste des offrandes existant encore sur les autels dans le même état où ils furent saisis par l'éruption du Vésuve : toutes ces choses que vous voyez de vos yeux, que vous touchez de vos mains, vous rendent présent aux cérémonies du culte domestique.

Si on ajoute à cela les emblèmes religieux, les amulettes, placés sur la porte des maisons pour les préserver des influences des mauvais génies, les cippes des carrefours, des forum, des fontaines, en un mot, cette foule d'objets religieux disposés à chaque pas dans les maisons et dans les rues, on se trouve en plein paganisme ; et Ton voit le pauvre idolâtre, tantôt la coupe de libations à la main, tantôt la patère chargée de fleurs, de fruits, de gâteaux, incessamment prosternés devant

des dieux tour à tour cruels, hideux, ridicules et presque toujours infâmes.

II. Vie publique. — Aux forum et aux Basiliques il ne manquait hier que des promeneurs, des juges et des négociants; aux théâtres, des acteurs et des spectateurs; à l'amphithéâtre, des gladiateurs; aux thermes, des baigneurs; aux lavoirs, des blanchisseuses; aux boutiques, des marchands : aujourd'hui nous allons voir ces différents personnages avec leur costume ordinaire ou de circonstance : tous habitent le musée Bourbon. Ge qui frappa d'abord nos regards fut ce peuple de statues, vives images des hommes et des femmes qui avaient parcouru comme nous les rues de Pompéi, qui avaient rempli cette ville du bruit de leur nom, ou que leur naissance, leur dignité, leur importance historique avait admis au droit de cité.

Les uns sont à cheval, les autres à pied, tous dans le costume du temps, accomplissant quelque devoir public ou se livrant aux occupations ordinaires de la vie. Marcus Nonius Balbus junior et Marcus Nonius Balbus senior président aux représentations théâtrales d'Herculanum. Périandre, Lycurgue, Cicéron, Publicola, Démosthène, Euripide, Sophocle, Hérodote, écrivent, parlent, commandent. Voici, dans le Forum, des Pompéiens qui se restaurent en buvant des liquides alors en usage ; d'autres sont occupés à lire les affiches, et à regarder deux belles statues équestres. En voici un qui essaye de nouvelles sandales, qui achète des vases neufs, et, par économie, de vieux ustensiles ; celui-là mange des croquets, celui-ci de la viande.

Voilà un marchand d'habits-galons qui porte tout son magasin sur son dos : devant lui la pratique qui marchande, k deux pas, de* ^tits garçons et des petites

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