‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 198 sur 215 · VIE PUBLIQUE. 8S · texte numérisé non relu

VIE PUBLIQUE. 8S

filles vont gaiement à l'école, et un jeune artiste copie une statue équestre qui surplombe sur son piédestal Tournez à gauche, et vous êtes heureusement témoin d'une bonne action. Des dames font l'aumône à un pauvre aveugle conduit par un chien. Qui sait ? celles-là peutêtre étaient chrétiennes. D'autres femmes accourent audevant de la foule pour vendre et acheter; tandis queles voisines, suivant l'antique usage, bavardent avec les commères du quartier.

Entrons maintenant au théâtre. Les chaises curules, les bisellium, les contre-marques même que ces hommes prenaient pour s'asseoir, il y a dix-huit siècles, sur ces mêmes degrés que nous avions occupés la veille, sont là, exposés à vos regards, parmi les petits bronzes. Les restes des machines employées pour tendre le voile du théâtre de Pompéi se trouvent encore à leur place. Quant au voile lui-même, qui ne pouvait résister à l'action du temps, il est conservé dans la fresque représentant le Siparium, ou voile tout entier, de manière à étonner les plus grands connaisseurs en fait d'antiquités et de beaux-arts.

Désirez-vous connaître les différentes professions et manier les armes offensives et défensives, les outils, les instruments, les écritoires, les poids et les balances de ces hommes morts depuis tant de siècles, si différents de nous par les mœurs, par le langage, par la religion, et, croyons-nous peut-être, par les usages ordinaires de la vie ? il suffit d'ouvrir les yeux et d'étendre la main. Quel était l'uniforme des nombreuses troupes de gladiateurs qui vendaient leur vie pour amuser le peuple î quelle était l'armure de ces soldats romains qui firent la conquête du monde ? Regardez, touchez : leurs lances, leurs épées, leurs poignards, leurs boucliers, leurs cas-

ques, leurs éperons, les brides des chevaux, sont là, ainsi que les chaînes qu'on mettait aux pieds des légionnaires indisciplinés. A celle que vous voyez suspendue sous des faisceaux d'armes étaient attachés cinq soldats dont les squelettes ont été retrouvés dans la prison militaire.

Messieurs les membres de nos académies et de nos instituts, savants du dix-neuvième siècle, êtes-vous curieux de connaître vos prédécesseurs, et de les voir à Tœuvre dans leur cabinet ? Entrez ; en voici un qui compose, il tient d une main son stylet, de l'autre la tablette enduite de cire : son front est soucieux ; il est en travail de quelque noble pensée. Son voisin parcourt un papyrus ; des femmes savantes sont là dans la même attitude: plumes, encrier, encre, papier de différentes espèces, et sur ce papier des phrases et des ratures ; tout est là sous vos yeux, et vous pouvez, avec la permission du cicérone, le prendre dans vos mains.

Demandez-vous quelque chose de plus ? Hélas ! j'ai à vous montrer, sur ce même papier, les teignes impertinentes qui attentèrent aux œuvres du génie ; mais, en punition de leur crime, elles sont carbonisées comme le papier même. Peut-être seriez-vous flattés de voir une bibliothèque du siècle d'Auguste? En voici les rayons et les montants avec des incrustations en bois, en argent, en bronze, que vous pouvez recommander aux ébénistes de Paris.

Adieu à la science ; salut au commerce. Voulez-vous acheter des lampes, et surtout des lampes à deux becs ? Voici l'enseigne du marchand : c'est une tête de bœuf portant une lampe à deux becs et d'une proportion démesurée, comme le gant, le chapeau, la botte rouge qui servent d'enseigne li nos ^axvxte^ ^ uas chameliers, à

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