ARRIVÉE AU SOMMET AU VÉSUVE
inanimé du grand naturaliste, mort en ces lieux par amour de la science, comme Spartacus par amour de la liberté.
Bien que peu rassurant, ce dernier souvenir ne nous empêcha pas de continuer notre périlleuse ascension. Il est vrai que le ciel était calme et le Vésuve parfaitement inoffensif. Si nous n'avions rien à craindre du volcan, il paraît que nous devions redouter les sgrazzatori. En quittant l'Ermitage, notre petite troupe fut escortée par deux carabiniers de sûreté. Sa Majesté napolitaine les entretient dans ce poste isolé pour accompagner les voyageurs, qu'on pourrait, du reste, dépouiller et même assassiner au pied du Vésuve sans qu'une oreille humaine entendît leurs cris de détresse.
Par un étroit sentier on descend dans un ravin profond qui protège l'Ermitage contre les éruptions du volcan ; puis on s'élève sur d'énormes couches de lave, et on arrive en peu de temps à la base de la montagne. Sur la gauche s'élève un cône appelé Cône de Gautrey, du nom d'un Français qui s'y précipita volontairement et dont le Vésuve vomit le cadavre deux jours après. Là il faut mettre pied à terre; les bêtes de somme ne peuvent aller plus loin : c'est aux voyageurs, armés d'un bâton, à gravir le flanc ardu de la montagne. Parvenus à une certaine hauteur, nous nous assîmes pour respirer et jouir d'un spectacle qui n'était pas sans intérêt.
Quoique je l'aie souvent désiré, je n'ai jamais vu le grand désert du Sahara, ni la caravane asiatique ou africaine bivouaqu mt au milieu des sables brûlants, ni l'Arabe vagabond caracolant dans ces vastes solitudes pour détrousser le voyageur égaré. A défaut de la réalité, j'avais sous les yeux une représentation assez frappante.
Au pied de la montagne stationnaient, attachées par le licou à des pieux fixés en terre, quarante montures, ânes, chevaux ou mulets. Trente lazzaroni, vive image des nègres, domestiques obligés de la caravane orientale, gardaient nos bêtes de somme et quelques-uns de nos bagages. Autour de nous une solitude non moins complète que celle du désert ; à défaut d'une plaine de sable, nous avions sous les pieds une plaine de cendres et de laves. Les Bédouins même ne manquaient pas ; car il est d'usage que, parmi les officieux valets dont vous êtes accompagné, il se trouve toujours quelques filous. Enfin, si la caravane du désert est protégée par des soldats à la longue carabine passée en bandoulière, nous avions le même avantage.
Pendant que je rêvais à ma vision africaine, les retardataires rejoignirent le corps d'armée, et on continua d'escalader la difficile montagne : le Vésuve présentait alors un phénomène remarquable. Comme ces vieillards dont parler souvent les moralistes, qui, malgré leurs cheveux blancs, portent dans leur poitrine un cœur où bouillonnent les passions, l'antique volcan cachait ses entrailles de feu sous une surface couverte d'une neige glacée : avant midi nous étions au terme de notre ascension. Le sommet du Vésuve forme un plateau circulaire d'un quart de lieue de diamètre.
De l'épaisse couche de cendres chaudes sur laquelle vous marchez s'échappent de dislance en distance des fumarole ou soupiraux brûlants, dans lesquels il est impossible de tenir la main. Çà et là quelques laves blanchâtres, semblables à des ossements répandus parmi les cendres d'un bûcher funéraire, de nombreux accidents de terrain avec des parties saillantes, couleur de tuile, d'où sort incessammeul xhvsk ^vVV^m^s partout l'image