‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 205 sur 215 · DESCENTE AU CRATÈRE · texte numérisé non relu

DESCENTE AU CRATÈRE

de la destruction et de la mort : tel est le spectacle qui frappe d'abord les regards du voyageur. Nous fîmes le tour du plateau sans nous arrêter, parce que les pieds nous brûlaient, pendant que rôdeur du soufre nous prenait à la gorge et que la fumée du cratère nous faisait pleurer les yeux.

Parvenus au point du Vésuve qui regarde Pompéi, nous nous arrêtâmes devant un soupirail semblable à la gueule d'une fournaise pleine de verre en fusion ; il nous prit fantaisie d'y plonger nos bâtons, et chaque fois nous les retirions tout en feu. Des lettres, des papiers, des cartes de visite présentées à l'orifice, brûlaient instantanément entre nos mains. Voyez pourtant la témérité humaine ! La croûte brûlante qui résonnait sous nos pas nous séparait à peine de quelques pieds d'un abîme de feu. Que fallait-il pour entr'ouvrir notre frêle plancher et nous engloutir? Une légère secousse de tremblement de terre, un peu d'air comprimé ; et nous n'y pensions pas !

Au centre du plateau s'ouvre le cratère; c'est un gouffre taillé en forme d'entonnoir qui peut avoir 200 pieds de profondeur sur autant de largeur. Les parois abruptes, couvertes de cendres, de soufre et de cinabre, offrent un aspect qui fatigue la vue et porte la terreur dans l'âme. La visite au Vésuve ne serait pas complète, si on ne descendait au fond du cratère. Le guide consulté opposa d'abord quelques difficultés à nos désirs ; cependant il nous assura que, le temps étant calme, nous n'avions rien à craindre, et sur ses pas nous commençâmes l'aventureuse excursion. Appuyés sur nos longs bâtons, nous descendîmes en zigzag par le flanc méridional du gouffre brûlant, et après dix minutes d'une marche pénible nous fumes à quelques pas de la cheminée.

Au centre de l'abîme est une large wsttvroft taVtr

quelle s'élève nuit et jour une vaste colonne de fumée blanchâtre, saturée de chlore et de soufre. Dans le sein de la terre on entend comme le bruit intermittent d'un énorme souflet de forge, ou le jeu parfaitement isochrone d'une pompe à double piston. À chaque coup de piston, la fumée s'élance par bouffées à 15 ou 20 pieds d'élévation. Les matières ignées vomies par le cratère se refroidissent au contact de l'atmosphère et retombent sur les bords; puis, en s'accumulant, elles forment autour de l'orifice un cône élevé de plusieurs mètres, auquel on donne le nom de cbe ninée.

Depuis quelque temps nous considérions, avec une curiosité mêlée de terreur, ce soupirail de l'enfer, lorsqu'un coup de vent rabat sur nous la colonne de fumée. Un de noscompagnons se trouve suffoqué ; il tombe, ses membres se roidissent, ses yeux s'injectent de sang, la respiration est on ne peut plus pénible. On se hâte de le relever, de l'éloigner, de le hisser sur le flanc du cratère ; bientôt il recouvre ses sens : mais la crainte d'un nouvel accident nous oblige à quitter promptement la place. Au reste, nous avions vu tout ce qu'on peut voir.

Pénétrés d'un double sentiment de reconnaissance et de frayeur, nous regagnâmes le plateau, et, nous laissant glisser sur une croûte de lave recouverte d'un pied de cendres, nous arrivâmes au bas du Vésuve sans accident pour nos personnes, mais avec un irréparable dommage pour nos chaussures. Brûlées et déchirées, elles n'auraient pu nous conduire décemment jusqu'à Naples si nous avions dû faire la route à pied. Heureusement nos fidèles montures nous attendaient à la base de la montagne ; avec elles nous repassâmes à l'Ermitage, ou restèrent nos carabiniers, et deux heures plus tard nous étions nous-mêmes de ntoox ^Wm.

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