FERTILITÉ DES TERRAINS VOLCANIQUES
Malgré la juste frayeur qu'inspire le Vésuve, malgré les ravages qu'il fait depuis tant de siècles, on ne peut s'empêcher, en le visitant, de rendre hommage à ses bienfaits. La cendre dont il inonde les coteaux et les plaines du voisinage est tellement fertile, que la population s'élève jusqu'à cinq mille âmes par lieue carrée, dans le rayon qu'elle arrose. Outre la vue, qui est ravissante, toute espèce de culture y réussit, et toute sorte d'arbres y croissent. Les blés rendent huit et dix pour un, et, suivant la coutume des Romains, la terre est labourée sans retard pour recevoir les semences d'une autre espèce.
Les arbres portent la vigne et donnent des fruits ; on en cueille ensuite les feuilles en automne, pour nourrir les bestiaux pendant l'hiver ; entre les rangs d'ormeaux croissent des melons que l'on vend avant de semer le blé. Après la récolte du blé, on retourne le chaume à la bêche pour y semer des fèves ou du trèfle à fleurs pourprées. Pendant six mois, les enfants viennent chaque matin en couper avec une faucille une charge pour nourrir les vaches. Au printemps, on plante le maïs sur le chaume du trèfle ou des fèves ; on fume alors les terres, et cette récolte, qui nourrit la famille, est un jour de fête dans les campagnes. Elle est à peine finie qu'on retourne la terre pour y semer du blé, et, après le blé, des légumes de différentes espèces.
Ainsi les terres produisent en abondance du vin et des fruits, des grains et des légumes pour l'homme ; des feuilles et de l'herbe pour les bestiaux. Malgré cela, le métayer est pauvre en général, surtout lors d'une mauvaise récolte. La misère est partout la compagne assidue de la fécondité du sol, parce qu'elle attire et augmente tellement la population, que le sol, subdivisé à l'infini, cesse bientôt de pouvoir entretenir, ^\^«^,\<&\Ra&
qu'il a trop multipliés. « Pour en juger, il suffit de savoir que ces terres volcaniques nourrissent une famille de cinq personnes avec le tiers du produit de cinq arpents : on ne peut guère trouver qu'aux Indes l'exemple d'une telle richesse et d'une si grande population *. »
Tant de productions n'épuisent pas la fécondité du sol. Aux légumes, aux pastèques, aux meilleures oranges de l'Europe avec celles de Portugal, les cendres de Vésuve ajoutent le lacryma Christi, excellent vin, dont le nom un peu triste a inspiré ces jolis vers au poëte italien Chiabrera :
Ghi fu de' contadini il si indiscrète,
Ch'a sbigottir la gente
Diede nome dolente Al vin, che sovra gli altri il cuor fa lieto ? Lacrima dunque appellerassi un riso, Porto di nobilissima vendemmia ?
On ne peut quitter Résina sans visiter Herculanum, ensevelie sous la lave à 60 pieds de profondeur. A la lueur des torches nous parcourûmes les parties déjà déblayées ; le premier monument qu'on rencontre, c'est le théâtre, qui passe pour le mieux conservé que nous ayons. Mais Dion Cassius paraît s'être trompé lorsqu'il avance que les habitants furent surpris par Péruplion au milieu d'une pièce de comédie : le petit nombre de squelettes trouvés au théâtre semble témoigner du contraire. Quoi qu'il en soit, les proportions de l'édifice, l'alignement des rues, le nombre des papyrus, montrent qu'Herculanum était une grande et belle ville ; comme les fresques et les autres objets de luxe et de religion établis-
* Lullin de CHAiRMJ\YE\rx^ Lettres *w Vltalta,^. 250.