‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 207 sur 215 · LE CORRICOLO · texte numérisé non relu

LE CORRICOLO

sent malheureusement qu'elle mérita le sort de Pompéi, dont elle partageait les iniquités. Il en est sans doute ainsi de Stabia, dont on connaît l'emplacement, mais dont aucune partie n'est encore découverte.

Près d'Herculanum brille la résidence royale de Portici, dont la cour d'honneur est traversée par la grande route de Salerne et des deux Calabres : ne pas déranger la voie publique et sacrifier son repos à la facilité des communications, c'est là un sentiment paternel qui honorera toujours le roi Charles III. L'élégance des portiques, la beauté des peintures, méritent l'attention du voyageur. Après avoir jeté un coup d'oeil sur ces richesses, vrais trésors partout où elles seraient moins communes, nous entrâmes àNaples, non sans admirer les nombreux corricoli qui sillonnaient la route aux larges dalles.

Le corricolo est la voiture napolitaine par excellence. Habitants de la ville et de la campagne, lazzaroni et bourgeois, militaires et artisans, hommes et femmes, semblent y monter avec un égal bonheur. Pour la forme, il ressemble à nos coucous des environs de Paris ; mais ce qui ne ressemble à rien, c'est la manière dont s'y placent les voyageurs, au nombre de dix, de douze et même de quatorze. Ils sont partout, dedans, devant, derrière, dessus et dessous; debout, assis, couchés, accroupis; riant, chantant, jasant, et surtout gesticulant avec ce talent mimique si vif et si varié qui permet aux Napolitains d'entretenir la conversation sans prononcer une seule parole et sans être compris des étrangers. Quand le corricolo, orné de cette société au costume pittoresque, passe rapidement devant vous, on ne sait si on voit des ombres chinoises ou une voiture de masques.

£5 Février.

L'Albergo des pauvres.— Charles III. — Benoit XIV. —Le padre Rocco.— Charité napolitaine pour les enfaots abandonnés.— Ponti Rossi.— Saint -Janvier des Pauvres.— Catacombes. — Collège Chinois. — Gesù Vecchio. — Corps de saint Chrysante et de sainte Darie. — La Vestale martyre. —Liquéfaction du sang de saint Louis de Gonzague.— Piété napolitaine. — Mœurs publiques.— Anecdote.

Nous en avions fini avec le monde païen, antique habitant de Parthénope et de ses bords enchantés ; ses monuments de tout genre nous étaient connus et nous l'avions surpris dans les impurs secrets de sa vie religieuse, publique et privée. Le terrible volcan dont Dieu s'était servi pour exercer sa juste vengeance avait reçu notre visite : il nous restait à étudier le peuple nouveau, successeur du peuple qui n'est plus. Naples, devenue chrétienne, manifeste sa foi par ses monuments, ses institutions, ses lois et ses mœurs. Ne parlons pas de ses trois cents églises, passons à ses établissements de charité.

VAlberyo reale de1 Poveri fut le premier objet de notre curiosité. Pour nous y rendre nous suivîmes la grande rue de Tolède ; les Studj se trouvaient à deux pas ; nous y entrâmes pour voir la bibliothèque. Elle possède un assez grand nombre d'éditions prineeps, et environ trois mille manuscrits fort anciens. Le plus précieux de tous est le célèbre autographe de saint Thomas d'Aquin, contenant l'exposition du Traité de saint Denis l'Aréopagite de Cœlesti Hierarchia. Autrefois on le conservait religieusement au couvent de Saint-Dominique ; on l'y transporte enonct *asç^ «nb&, ^our l'ex-

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poser à la vénération des fidèles le jour de la fête du saint docteur.

Non loin des Studj, incomparable musée d'antiquités païennes, Naples montre avec un juste orgueil son Albergo des pauvres, l'un des trois plus grands hospices de l'Europe. Un roi, un pape, un saint, travaillèrent de concert à la fondation de ce magnifique hôtel de la misère : le roi, c'est Charles III ; le pape, Benoit XIV ; et le serviteur de Dieu, le padre Rocco, si célèbre à Naples par son éloquence populaire et par sa charité. Soulager les infirmités corporelles et spirituelles des pauvres, telle est la pensée qui animait les trois fondateurs. L'inscription gravée en lettres d'or sur la façade principale de l'édifice,

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