‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 208 sur 215 · REG1UM TOTIUS REGM PAUPERUM HOSPITIUM · texte numérisé non relu

REG1UM TOTIUS REGM PAUPERUM HOSPITIUM

résume la pensée créatrice que la charte du jeune roi développe tout entière.

« Le zèle, dit l'excellent monarque, qui nous anime pour assurer la félicité de ce royaume, ne nous permet plus de regarder d'un œil indifférent tous les désordres produits par la grande quantité de pauvres qui encombrent cette ville populeuse. Bien que parmi tous ces indigents il y ait des vieillards, des estropiés, des aveugles, incapables de travailler, ce qui nous touche d une d'une profonde pitié, il y en a pourtant, et c'est le plus grand nombre, qui vivent dans le vagabondage ; ces hommes-là sont robustes et tenaces à professer l'état de mendiant, pour mener de propos délibéré une vie oisive et libertine. Il y a aussi des orphelins et des enfants abandonnés, qui, s'habituant à mendier, sans aucune éducation chrétienne, sans apprendre aucun état, devien-

nent non-seulement des êtres inutiles, mais encore des scélérats nuisibles à la société. En conséquence, par une juste commisération pour les premiers, et par la charge qui nous est imposée de réformer les autres, nous avons résolu de fonder dans cette capitale un hôtel général des pauvres de tout sexe, de tout âge, et d'y introduire les arts les plus utiles et les plus nécessaires, afin qu'une telle œuvre soit agréable aux yeux de Dieu, et devienne un bienfait pour la ville et le royaume * . »

Mais pour élever le colossal édifice, entrepris par l'architecte Ferdinand Fuga, il fallait des sommes immenses, et le royaume était épuisé. Le jeune roi ne perdit point courage : il commença par offrir généreusement les ressources dont il pouvait disposer; puis il en créa de nouvelles sans aggraver les impôts. Certaines corporations du royaume étaient soumises à une contribution annuelle dont jusqu'à lui les vice-rois avaient seuls profité. Lorsque les députés de la ville de Naples, les chefs des corporations et les supérieurs des couvents vinrent déposer leurs offrandes au pied du trône, le roi leur dit : « Mes bons sujets, vous savez que je fais construire un grand asile pour les pauvres du royaume ; j'ai besoin pour cela de votre aide, et j'éprouve un véritable plaisir à changer la destination de tous ces présents, en les faisant servir d'abord à l'achèvement et ensuite à la dotation de Y Abergo des pauvres. »

Benoit XIV, informé des généreuses intentions du jeune prince, consentit volontiers à supprimer onze cou-

1 Lo zelo che si nudre dall' animo nostro per la maggiore félicita di questo reame , non ci permette di più riguardare con occhio indifférente tutti i disordini che derivano da' poveri, j çuali inondano questa popolatissimacittà, etc.

Page 1