TEMPLE DU SOLEIL
verait pas ici un ami autrefois éprouvé par les mêmes douleurs et aujourd'hui capable de les adoucir *. Cette église est le siège de la Confrérie des Saints Apôtres, qui fut érigée sous le pontificat de Clément VIII. Il en sera question plus tard ; je dirai en passant qu'elle est une des œuvres les plus dignes de la ville, mère et maîtresse non-seulement de la foi, mais encore de la charité.
Quand du palais de l'ambassade de France, contigu à l'église des Saints-Apôtres, on se dirige vers le Corso, en passant près de la fontaine Trevi, on rencontre plusieurs souvenirs païens d'un médiocre intérêt. Ici était la maison du poète Martial ; il nous apprend lui-même qu'elle était située près de l'eau Martia, dans la rue du Poirier, et qu'il fallait monter trois grands escaliers pour arriver à ses appartements*. Plus loin s'élevait le temple dédié au soleil par Aurélien, et dans lequel l'empereur, victorieux de l'Orient, plaça de magnifiques dépouilles. « C'étaient, dit un historien, des robes couvertes de pierreries, des dragons persiques, des tiares et des étoffes de pourpre d'une telle beauté que le monde romain n'en vit jamais de pareilles 3. »
* Voyez Mazzol., t. VI, p. 141 et suiv.
• Sicca cornus queritur nullo se rore Foveri,
Gum mihi vicino Martia fonte sonet.
Epigram., lib. IX, epigr. 19.
Non est quod puerum, Luperce, vexes, Longum est si velit ad pirum venire, Et scalis habito tribus, sed altis, etc.
Epigram.,1. I, epigr. penult.
1 Romœ Soli templum posuit majore honorificentia conservatum, quod Orientis victor hostili praeda ditavit omavitque...
iZ LES TROIS ROME.
A cette description le même auteur ajoute immédiatement on détail qui ne semble pas donner une haute opinion du respect des païens pour les temples de leurs dieux. Sous les portiques du temple du Soleil on vendait les vins du fisc, c'est-à-dire les vins qui revenaient à l'empereur, soit par les contributions, soit par les péages *.
Ces souvenirs, qui n'avaient pu retarder notre course, nous permirent d'arriver promptement à Saint-Marcel. L'église du glorieux Pontife est située dans le Corso, la principale rue de Rome. Pour la visiter avec un profond respect, il faut se rappeler une des belles pages de notre histoire primitive. Les chrétiens étaient dans le deuil : le pape saint Marcel venait d'être saisi et livré au tyran. Pour humilier les fidèles, Maxence condamna le souverain Pontife à garder les bêtes renfermées dans un endos. Depuis neuf mois il était occupé à cet abject ministère, orsque ses prêtres trouvèrent moyen de l'enlever. Sainte Lucine le cacha dans sa maison, située à la place même ou s'élève aujourd'hui l'église de Saint-Marcel3. Les brebis s'y réunissaient autour du pasteur pour y recevoir la parole de vie et le vin qui enivrait les martyrs. Cette demeure était devenue trop sainte pour servir encore à des usages profanes : Lucine en fit don au vicaire de Jésus- Christ, qui la changea en église.
Tune illae vestes, quas in templo Solis videmus, consertaegemmis, tune persici dracones. et tiarae, tune genus purpuras, quod postca nec ulla gens detulit, nec Romanus orbis vidit. Vopisc. in Âurelian.
1 Idem.
1 D s'agit ici de sainte Lucine la Jeune, qu'il ne faut pas confondre avec sainte Lucine qui donna la sépulture à saint Paul, etc.