SAINTE-MARIE IN VIA LATA
Maxence, ayant appris ce qui se passait, fit de nouveau arrêter le pontife; puis, ajoutant l'impiété à la cruauté, il ordonna qu'on changeât l'église en écurie et qu'on la rem, plit d'animaux, dont le saint pape fut condamné à prendre soin. Et l'on vit le vénérable vieillard, transformé en palefrenier ou en bestiaire, garder dans une église les chevaux, les bœufs et les cochons, jusqu'à ce que la mauvaise odeur et les privations de tout genre vinssent mettre fin à sa douloureuse existence.
Enterré avec honneur dans la catacombe de Sainte- Priscille, sur la voie Salaria, il fut plus tard rapporté au lieu de sa mort4. Placé sous le maltre-autel de l'église qui porte son nom, il reçoit aujourd'hui les hommages du monde catholique sur le théâtre môme de ses humiliations. Glorieuse vicissitude dont Rome présente à chaque pas de touchants exemples ! A côté du pontife martyr repose saint Phocas, humble jardinier, qui, lui aussi, signa la foi de son sang. Un grand nombre d'autres martyrs enrichissent de leurs reliques sacrées la pieuse église de Saint-Marcel : je ne nomme que sainte Félicité, l'héroïne de Carthage, dont le corps se conserve, en grande partie, sous l'autel de Saint-Paul.
Trois autres objets attirent la piété des fidèles. Le premier est une image miraculeuse de la Sainte Vierge, couronnée par le chapitre du Vatican *. Lorsqu'une grâce surnaturelle a été obtenue par l'intercession de la divine Mère, c'est l'usage à Rome et en Italie de couronner l'image devant laquelle on l'a sollicitée. Un cercle d'argent, d'or ou de pierres précieuses entoure la tête de Marie, et
1 Voyez Baron. Annal., t. III, an. 309, n. v. * C'est donc l'autorité publique el compétente qui constate le miracle et décide du couronnement.
appelle la dévotion en perpétuant le témoignage de la reconnaissance. Si le premier aspect de cette couronne placée au centre d'un tableau semble étrange au voyageur qui en ignore la raison, il devient pour le chrétien éclairé un motif toujours nouveau de confiance filiale envers celle qui est tout à la fois notre mère et notre sœur.
Le second objet est le tombeau du cardinal Gonsalvi. Ce mausolée, qui rappelle l'aimable, le pieux, l'habile négociateur, le ministre nécessaire de Pie VII, se trouve dans la chapelle du Crucifix, où l'illustre diplomate a voulu reposer auprès de son frère chéri.
Le troisième est le Crucifix miraculeux, devant lequel il est rare de ne pas trouver des fidèles en prières. Le 22 mai de l'an 1519, l'église s'écroula. Dans cet amas de ruines, le Crucifix seul fut trouvé intact à sa place ordinaire, et la lampe qui l'éclairait toujours allumée. Une confrérie de laïques, appelée du Très-Samt-Crueifix, rappelle encore aujourd'hui le souvenir consolant du fait que je viens de rapporter.
A côté de l'église est le palais Doria, un des plus grands de Rome. Il renferme une belle et nombreuse collection de tableaux : Albert Durer, Léonard de Vinci, Claude Lorrain, Murillo, Michel-Ange, ont écrit quelques pages de ce livre immortel.
En sortant, nous n'eûmes que la rue à traverser pour nous trouver à Sainte-Marie in via hâta. J'avoue qu'une vive émotion me saisit en mettant le pied sur ce nouveau théâtre de notre pieuse curiosité ; et comment aurais-je pu m'en défendre ? Je foulais la terre que le grand Apôtre lui-même avait foulée ! J'allais descendre sous des voûtes qui retentirent de sa voix ! J'allais visiter un lieu qui avait vu Paul, le fier prisonnier de Jésus-Christ ; Luc, son insé-