PRISON DE SAINT PAUL
parable compagnon ; Onésime, Onésiphore, de Lycaonie, les députés de Philippes, et bien d'autres encore dont les noms vénérables brillent d'un si doux éclat dans les annales de la primitive Église.
Au-dessus de la porte d'un escalier souterrain, on lit ces paroles qui vous font tressaillir : Cum venissemus Romam permissum est Paulo manere sibimet cum custodientese milite * : « Lorsque nous fûmes venus à Rome, il fut permis à Paul de demeurer libre avec le soldat qui le gardait *. » La porte s'ouvrit et nous descendîmes dans la prison. C'est bien ici, sous ces voûtes sombres, noircies par le temps, et formées comme toutes les substructions romaines de gros quartiers de travertin, que le grand Apôtre fut déposé en arrivant d'Asie, lors de son premier voyage à Rome.
C'est ici qu'il séjourna, attaché par une chaîne au bras d'un soldat, pendant deux années entières. Trois jours après son arrivée, Paul, dont le zèle ne connaissait ni retard ni .danger, convoqua dans sa prison les principaux d'entre les Juifs. « Frères, leur dit-il, c'est pour l'espérance d'Israël que je suis chargé de cette chaîne; » et il leur prouva que le Sauveur Jésus était bien le Messie attendu de leurs pères et annoncé par les Prophètes. Ni l'éloquence surhumaine, ni les fers éloquents du prisonnier ne purent convaincre ces hommes à la nuque roide, et Paul leur dit : « Eh bien, sachez que la nouvelle que vous repoussez sera envoyée aux nations. » Et ils se. retirèrent se disputant entre eux
1 dct..,xxvin, 46.
1 On sait que chez les Romains, il y avait deux sortes de prison : la prison publique et la libéra custodia, ou maison particulière dans laquelle le prisonnier était gardé à vue.
Cependant l'Apôtre parut devant Néron; une demijustice lui fut rendue, c'est-à-dire qu'on lui laissa son gardien, sa chaîne et sa prison, mais il lui fut permis de prêcher. Paul profita largement de cette liberté : sa prison ne désemplissait pas ; il annonçait avec assurance le Seigneur Jésus, et les vérités du règne de Dieu. Le collège des pontifes, le sénat, le prétoire, le palais même en retentirent1. Non-seulement il parlait, il s'occupait encore des besoins de toutes les églises; il écrivait aux fidèles et à ses disciples. Ici Épaphrodite, évêque des Philippiens, vint lui apporter, au nom de ses chers néophytes, une somme d'argent; ici Onésime, le pauvre esclave qui s'était enfui, venait le prier d'obtenir sa grâce; et Paul lui donnait cette lettre inimitable, où il conjure, par ses chaînes, Philémon, le maître d'Onésime, de le recevoir comme son propre fils.
Ici il écrivait aux Philippiens pour les remercier de leur charité; aux Éphésiens en leur envoyant le tabellaire Tychicus, qu'il chargeait de leur donner en détail de ses nouvelles. Du même lieu partit la seconde Épltre à Timothée, dans laquelle l'Apôtre prononçait cette parole si digne de sa grande âme : « Je suis en prison, mais la parole de Dieu n'est pas enchaînée. » Puis, avec une parfaite liberté d'esprit, le. prisonnier de Néron descendait dans le détail de toutes les affaires de l'Église, et priait son disciple de lui envoyer son manteau et ses papiers9.
Ici saint Luc écrivait, sous les yeux de Paul, les Actes des Apôtres. Saint Pierre, on n'en saurait douter, vint lui rendre de fréquentes visites, et Dieu sait quelles paroles furent échangées, quels projets furent conçus dans cette
1 Id., tWd., n.7.
8 Baron , an. 59, n. 10, 14 et saiv.