‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 28 sur 215 · L'EPIPHANIE A ROME · texte numérisé non relu

L'EPIPHANIE A ROME

neux dont les rayons se prolongent sans altération jusqu'aux frontières du globe, et dont la circonférence embrasse l'univers. C'est là sans contredit un beau, un doux spectacle. Pour en jouir, il faut aller à la Propagande : sa chapelle devient le panorama du catholicisme. Ce jour-là les prêtres des différents rites de l'Orient et de l'Occident qui se trouvent à Rome viennent, suivant l'usage, offrir l'auguste sacrifice dans le cénacle d'où partent incessamment les apôtres de toutes les nations. J'y vins moi-même, heureux et confus d'être acteur dans la vaste scène qui se déployait aux regards des hommes et des anges. Ma messe finie, nous devînmes spectateurs à notre tour.

De la sacristie sort un prêtre grec. Comme aux jours anciens, il porte une ample chasuble ronde; tout son corps, la tête exceptée, est enveloppé dans ce large manteau de soie, finement rehaussée de dessins d'or et de pourpre. Toutes les fois qu'il veut se servir de ses mains, il relève sa chasuble par devant et la tient gracieusement roulée sur les bras : la liberté de ses mouvements ne paraît nullement gênée. Sa prière est une espèce de mélopée ou de récitatif cadencé ; ses cérémonies sont très-variées et sa messe dure au moins trois quarts d'heure.

Mais au fond se trouve toujours la grande, l'indivisible unité catholique : m<jme matière du sacrifice, même victime, mêmes paroles sacramentelles. A l'autel voisin était un prêtre melchite. La richesse et l'ampleur de ses ornements, la douceur de sa prononciation, le nombre des cérémonies sacrées, la grâje avec laquelle il les accomplissait : tout cela formait un ensemble plein d'harmonie qui disposait le cœur aux plus doux sentiments de la piété.

L'Arménien, grave, austère, parait à son tour. Sa tète est ornée d'une espèce de tiare surmontée de la croix; sa chasuble à grands ramages d'or ressemble à nos chapes. La majestueuse simplicité des cérémonies dont il accompagne l'auguste sacrifice, sa belle tête à caractère oriental, sa longue barbe noire lui donnent un air de grandeur et de dignité qui commande le respect. En le voyant à l'autel, je me 6gurais saint Basile pontifiant devant l'empereur Valens, et faisant trembler, par la seule majesté de son maintien, le monarque hérétique.

Un évêque maronite vint ajouter un rite nouveau à tous ces rites de l'Orient. Il portait à la main une petite croix semblable à la croix pastorale de nos évêques; il la tint jusqu'au moment de la consécration, et, tourné vers le peuple, il s'en servit plusieurs fois pour le bénir. Il conserva sa mitre, ou plutôt sa cidaris, presque jusqu'à l'élévation. Le diacre et le sous-diacre portaient de longues et larges tuniques vertes, terminées par une bordure de velours violet broché d'or. Sur leurs épaules brillait une espèce de camail en velours violet avec des rayons d'or. Comme celui de toutes les nations soumises à un long esclavage, le chant des Orientaux est triste et monotone. J'ai oublié de dire que tous les lévites étaient revêtus de longues tuniques roses, rouges ou vertes, avec des croix d'or sur les épaules, sur les bras et sur la poitrine.

Toutes ces langues, tous ces rites et toutes ces formes qui, malgré leurs différences, viennent se confondre dans la même unité, caractérisent divinement l'Église catholique. C'est bien ce jour-là que je vis, dans l'éclat de sa parure prophétique, l'immortelle épouse de l'Homme- Dieu, à laquelle son époux a donné, comme signe dis-

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