‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 29 sur 215 · FÊTE DES LANGUES · texte numérisé non relu

FÊTE DES LANGUES

tinctif, un vêtement broché d'or et une robe de diverses couleurs1.

L'office achevé, un des directeurs du collège vint m'inviter très-poliment à déjeuner, ainsi que mes jeunes compagnons. Nos excuses ne furent point agréées, et il fallut céder à l'usage. Autour d'une vaste table vous nous auriez vus, prêtres de toutes les parties du monde qui venions de consommer la même victime sur le même autel, rompre ensemble le même pain et oflïir le spectacle de cette grande fraternité que le Christianisme seul a pu réaliser sur la terre. Occidentaux et Levantins, Grecs, Arméniens, Cophtes, Maronites, frères qui ne s'étaient jamais vus et qui probablement ne devaient plus se revoir, tous mangeaient le même pain, parlaient la même langue, éprouvaient les mêmes sentiments.

Placés au milieu d'une société dévorée par l'égoïsms, nos pères des premiers siècles traduisaient dans leurs fraternelles agapes l'unité d'amour dont ils trouvaient le gage dans la chair et le sang d'un Dieu, devenus leur aliment. Ainsi, sur le déclin du monde, Rome veut qu'au jour solennel de l'Epiphanie, tous les prêtres qui ont célébré la messe à la Propagande s'asseoient à la même table. Voilà bien cette Église catholique toujours la même dans son esprit et dans son dogme ; voilà bien cette Rome toujours fidèle au culte des nobles souvenirs.

Pour compléter le spectacle de l'unité vivante du catholicisme, aux agapes succède te Tête des Langues : cette solennité eut lieu le 10 janvier. Rien sous le ciel

* Aslilit Regina à dexlris tuis ïn veslilu deaurato, circumdata varietatc. P$. 114.

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de pins pittoresque et de pins imposant. A l'extrémité dune vaste salle, richement décorée, s'élevait une estrade an milieu de laquelle apparaissait, sur un piédestal couvert en velours cramoisi, le buste dn Saint-Père, centre auguste de l'unité. L'estrade et la salle entière étaient garnies de sièges; là pour les élèves de la Propagande , ici pour les spectateurs. Les cardinaux prirent place dans l'enceinte réservée et la fête commença.

Un jeune Américain de Philadelphie, faisant les fonctions de président, ouvrit la séance par un discours latin rendu avec une grâce parfaite. Le souvenir du jour à jamais mémorable oh le Soleil de justice s'était levé sur le monde, l'unité de la foi retrouvée à la crèche par les mages de l'Orient, la diffusion de la bienfaisante lumière du catholicisme jusque dans les sombres forêts du nouveau monde et d'autres nobles pensées inspirèrent dignement le jeune orateur.

Son discours n'était qu'une préface et comme le thème qui allait être développé successivement par les enfants de tous les peuples : il le fut trente-neuf fois de suite, en trente-neuf langues différentes. Nous entendîmes tour à tour l'hébreu, le syriaque, le samaritain, le chaldéen, l'arabe, le turc, l'arménien, le persan, le sabéen, le grec, le péguan, le tamoul, le kurde, le géorgien, l'irlandais, l'écossais, l'illyrien, le bulgare, le polonais, l'allemand, l'anglais, le hollandais, l'indien, l'espagnol, le portugais, le français, l'albanais, le cophte, l'éthiopien et du chinois de toutes les espèces.

Chaque partie du globe avait là ses représentants et ses organes, proclamant, chacun dans son idiome, la grande unité catholique. C'était vraiment comme au jour de la Pentecôte à Jérusalem, oii se trouvaient des hommes de toutes les nations qui sont sous le ciel, procfa-

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