‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 3 sur 215 · VISITE A SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

VISITE A SAINT-PIERRE

basilique. En passant près de l'obélisque de Néron, l'excellent ami qui nous accompagnait se découvrit respectueusement et récita une prière. « Vous saluez, lui dis-je, un des plus glorieux trophées du Christianisme ! — Je fais plus encore, je salue la vraie croix, dont un morceau couronne le monolithe, et je récite le Pater et Y Ave auquel Sixte V a attaché une indulgence de dix ans et de dix quarantaines. » Nous imitâmes son exemple, et nous arrivâmes à Saint-Pierre, dont l'histoire et l'architecture devaient principalement nous occuper.

Avant d'entrer sous le vestibule, on nous dit : « Voyez ces colonnes qui soutiennent la grande loge; si vous en coupiez une tranche, vous auriez une table à recevoir douze personnes. » Comme tous les voyageurs, nous répondîmes par un signe d'incrédulité; mais bientôt il fallut baisser le ton, et convenir que les douze convives seraient fort à l'aise. Tel est le bonheur ou le malheur de Saint-Pierre : tout y est colossal, et rien n'y paraît grand. D'une part, l'architecture grecque avec ses pleins cintres qui abaissent constamment le rayon visuel; d'autre part, l'harmonie des proportions qui, faisant de toutes les parties du monument un tout parfaitement homogène, n'en met aucune en relief, passent pour être les causes principales de l'illusion.

Avant de franchir le seuil, nous voulûmes nous rendre compte des transformations que l'église avait subies avant de devenir, par sa grandeur et sa magnificence, la premier temple du monde.

Tout d'abord se présente un rapprochement qui n'est pas sans intérêt. Entre les différents quartiers de Rome, le Vatican fat particulièrement souillé par les superstitions et les infamies païennes. Le temple de la Bonne

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Pierre, érigea un modeste oratoire *.; et comment dire les larmes et les prières répandues en ce lieu vénérable pendant les orages trois fois séculaires qui battirent. l'Église naissante?

A l'aurore de la paix, Constantin s'empressa de changer l'oratoire primitif en un temple digne du] lieu qu'il devait consacrer. Le jour fixé pour commencer les travaux, l'empereur se rendit au Vatican, et, déposant le diadème et la pourpre, il voulut lui-même ouvrir les fondations et en extraire douze paniers déterre en l'honneur des douze Apôtres. N'était-il pas juste que les mains des Césars, employées jadis à bâtir les temples des idoles, fussent sanctifiées en travaillant aux temples du vrai Dieu8? Le corps de saint Pierre, relevé] de sa tombe, fut placé dans une châsse d'argent, renfermée dans une autre de bronze doré et enrichie d'une croix d'or du poids de 150 livres.

Constantin et sainte Hélène réunirent leurs libéralités pour embellir le nouveau temple. Voici la liste abrégée de leurs présents : les douze Apôtres, en argent, pesant chacun 300 livres; trois calices d'or, ornés de quarantecinq pierres précieuses, pesant chacun 12 livres ; vingt calices d'argent, chacun de 10 livres; deux burettes d'or, du poids de 10 livres; une patène, de l'or le plus pur, avec un tabernacle en forme de tour, surmonté de la colombe, orné de deux cent quinze perles, pesant 30 livres; cinq patènes d'argent, chacune de 15 livres; une couronne d'or, devant le tombeau, avec un candé-

1 Hic memoriam B. Pétri conslruxit et composuit, dum presbyter factus fuisset a B. Pelro. — Anast. in Anaclet.

1 Restitutionem Capitol ii aggressus ruderibus purgandis mauus primus admovit, ac suo collo quaedam extulit. Suet. in Vespas.y c. vm.

LES

qtf à partir de la porte d'entrée jusqu'au chevet, Saint- Pierre compte 875 pieds de longueur et 419 de largeur dans le transept.

ta nef du milieu a 82 pieds de largeur sur 142 de hauteur, y compris la voûte. Les deux nefs latérales ont chacune 20 pieds de largeur. Ces différentes mesures sont gravées sur le pavé de Saint-Pierre. Tout en marbre ou en porphyre, ce pavé ressemble à un brillant parterre émaillé de fleurs et découpé en rosaces, en losanges, en compartiments d'une gracieuse variété et d'une grande richesse de dessin.

Les bénitiers augmentent d'abord l'illusion; mais bientôt ils la dissipent : s'en approcher est le premier moyen de connaître la grandeur de Saint-Pierre. On nous avait dit : « Les anges qui le soutiennent ont 6 pieds ; » et noys avions répondu : « Exagération de voyageurs enthousiastes. » Eh bien ! on avait raison, et nous avions tort. Nous mesurâmes ces anges qui, au premier coup d'oeil, ressemblent à de jeunes enfants, et qui sont bien en réalité des colosses de 6 pieds. Us sont en marbre blanc, et soutiennentdeuxcoquillesdemarbrejauneplacées vis-à-vis l'une de l'autre, au devant des deux premiers entre-pilastres. Je voulus offrir de l'eau bénite à l'excellent ami qui nous accompagnait; mais il refusa de la recevoir. « Pour gagner l'indulgence, me dit-il, en prenant de l'eau bénite dans les basiliques romaines, il faut la prendre soi-même ; ainsi l'ont voulu les souverains Pontifes, afin que chaque fidèle accomplit par lui-même un acte de religion.

Quand on vient à Saint-Pierre pour en admirer les merveilles, le plus grand embarras est de savoir par oii commencer. Des monuments de tout genre, des chefsd'œuvre de peinture et de sculpture se disputent Patten-

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