‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 32 sur 215 · ALEXANDER VII. PONT. MAX · texte numérisé non relu

ALEXANDER VII. PONT. MAX

MONETARIAM OFFICINAM

1 Forum Claudii et Bassi.

IN QUA NOVO ARTIFICIO MLECIPITIS AQDiE IXPCLSU VERSATIS ROTIS

MAGXO TEMPORIS OPHLEQUE COXPENMO

NUMMI AFFARRE CELERITERQUE SIGNEKTUR

PUBLICS LTILITATI CONSTRUXIT

A»0 SAL. XDCLXXT.

Nous avions étudié une des plus grandes merveilles de la cité des Césars et de la cité des pontifes. En calculant la longueur totale des aqueducs qui venaient rafraîchir Rome, embellir ses édifices et vivifier ses places et ses amphithéâtres, on trouve une distance d'environ cent trente lieues ! D'autres calculs établissent que toutes les eaux réunies formaient une rivière de la force de la Seine •. Que dire de la solidité des aqueducs et des difficultés vaincues pour les construire! pendant des siècles, ces lits artificiels ont porté des masses d'un poids énorme: ils ont resisté aux intempéries de l'air, aux ravages du temps, au coups des Barbares, à l'affaissement du sol et i tous les accidents qui meurent des constructions de ce genre. Àsyounilmi encore, leurs restes grandioses ne semblent braver les âges et survivre à Rome elle-même que pour perpétuer la gloire de la Ville étemelle, en ponant jusqu'aux ienûères géDéntàoBs Timpctsant témoignage de son incomparable puissance»

La coBstnKàn des aqueducs a atteste m mains de génie, ni mous de pourair. Des montagnes pereéea, des

* KoDàéks k isdi ck ae;t^ ckkrà jw F+o%li% : lt masse âas& amenât par tes- aqaaâiws &&ii àgiùnùciûr 1 une rivière kff$* àt mut jàsds. prâ&nrô* 3* six. « àcaa la rixes» seriit 4t Itatt pmcK par sacani*.

vallées comblées, les entrailles de la terre creusées souvent à 30 pieds de profondeur, des canaux suspendus dans les airs, portant sur de longues files d'arcades une rivière, quelquefois deux ou trois, Tune au-dessus de l'autre, à une hauteur prodigieuse : près de ces gigantesques ouvrages, que sont nos tunnels et nos petits canaux?

Toutefois, ce n'est là qu'une partie des merveilles que présentent les eaux romaines . Lorsque, debout sur ces ruines, auprès de ces fontaines sauvées par la main des pontifes, on pénètre plus avant dans le système intérieur des aqueducs, l'étonnement redouble. Arrivées aux portes de la ville, ces rivières tombaient les unes dans dévastes piscines où elles déposaient leur limon, les autres dans des châteaux d'eau (castella et dividicula) d'où elles se divisaient pour prendre différentes directions. Dans les dividicula étaient de larges vases de bronze en forme d'entonnoirs; fixés sur de vastes tuyaux en plomb, ils recevaient la quantité d'eau destinée à chaque région, à chaque naumachie, etc. Des puits établis de distance en distance donnaient l'eau aux maisons, aux jardins, aux euripes, aux abreuvoirs, aux villas des faubourgs *. Ces châteaux d'eau étaient au nombre de plus de deux cents.

Qu'on se figure donc ces deux cents castella, ornés des statues des divinités protectrices des eaux ; les innombrables tuyaux de plomb qui couraient sous les rues et qui formaient comme les veines et les artères de ce corps gigantesque ; les abreuvoirs et les fontaines jaillissantes au nombre de plusieurs mille; tous ces fleuves

1 Flumina per urbem et cloacas videri fluere, atque domum prope modum habere fistulas et canales quibus aquam inducat. Strab.

qui coulaient suspendus à travers l'immense cité, et on n aura pas de peine à s'écrier, avec Pline, que nulle merveille dans l'univers n'était plus digne de l'admiration des hommes1.

Tel est, en effet, le premier sentiment qu'on éprouve au souvenir de tant de puissance et de génie. Il en est un second dont il est impossible de se défendre, quand on songe aux provinces désolées, aux esclaves enchaînés dont les mains et les richesses bâtirent ces somptueux aqueducs, qui auraient dû porter des fleuves de larmes avant de conduire les eaux nécessaires à la mollesse des maîtres du monde. La fontaine de Trevi nous avait ouvert un si grand horizon qu'il nous Mut renoncer à le dépasser ce jour-là. Toutefois la vue des aqueducs et des fontaines ne put nous faire oublier nos amis de France : avant de rentrer, nous allâmes demander nos lettres. Hais à peine touchions-nous aux galeries de l'hôtel des postes, qu'un fatal écriteau vint frapper nos regards de la manière du monde la plus désagréable : I corrieri di Toscana e di Bologna non sono giunti ; ce qui veut dire : Messieurs les Français, vous n'aurez pas de lettres aujourd'hui.

1 Si quis diligentius aestimaverit aquarum abundantiam in publico, in balneis, piscinis, domibus, euripis, hortis, suburbanis villis, spatioque advenientium extructos arcns, montes perfossos, convalles aequatas, patebitur nihil magis miraudum fuisse toto orbe terrarum.— Plin., lib. XXXVI, xv. — Magnitudinis Romani imperii id praecipuum esse indiuin. — Front., 5.

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