LA LÉGION FULMINANTE
9 Janvier.
Colonne Antonine. — La légion Fulminante. — Bas-relief.— Édit de Marc-Aurèle. — Restauration de la colonne par Sixte V. — Monte Citorio. — La Fontaine. — Le Gnomon. — Le Champ de Mars. — Les Septa et la Villa publica. — Le? Jardins, les Thermes et le lac d' Agrippa.
Avant neuf heures nous entrions dans le quartier de la Colonne. Il doit son nom à la colonne Antonine qui s'élève sur la place principale. Situé vers le centre de la ville, il occupe une partie des anciennes régions de YAlta Sémita et de la via Lata. La place Colonne est une des plus régulières de Rome. Deux monuments l'embellissent : une superbe fontaine et la colonne d'Antonin. Cette colonne, si fameuse dans l'histoire, fut élevée par le sénat à l'empereur Marc-Aurèle Antonin, pour les victoires qu'il avait remportées sur les Marcomans, les Quades et autres peuples de l'Allemagne. Elle est en marbre blanc et présente 11 pieds et demi de diamètre sur 148 et demi de hauteur. Les bas-reliefs qui l'entourent de la base au sommet représentent les exploits de l'empereur.
Quel bonheur pour nous d'y voir sculpté par des mains païennes un fait contemporain, si glorieux pour le Christianisme naissant I je veux parler du miracle de la légion Fulminante. C'était l'an 176; l'empereur était au cœur de l'Allemagne avec son armée. Trompés par les Quades, les Romains s'engagent dans une vallée profonde, cernée de tous côtés par de hautes montagnes. Les Barbares apparaissent tout à coup au sommet des hauteurs : l'ar-
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mée romaine ne peut ni avancer ni reculer, et va subir une seconde fois l'humiliation des Fourches Caudines. La démora'isation se met dans les rangs; les forces physiques manquent aux légions : une soif épouvantable tourmente les Romains privés d'eau depuis cinq jours. Dans cette extrémité, le commandant des cohortes prétoriennes vient trouver Marc-Aurèle : « César, lui dit-il, la légion Mélitine, qui fait partie du corps d'armée, est composée de chrétiens, auxquels rien n'est impossible. — Faites-la mettre en prières, lui répond l'empereur. » Animés de la foi victorieuse du centenier de l'Évangile, tous ces vieux soldats, venus d'Orient, tombent à genoux et conjurent le vrai Dieu de glorifier son nom. Leur prière est à peine achevée que le ciel se couvre d'épais nuages; la foudre éclate avec un bruit épouvantable, répété mille fois par l'écho des montagnes. Accompagnée d'une grêle horrible, elle tombe, elle retombe encore sur les Barbares qu'elle brûle, qu'elle épouvante et met en désordre; tandis qu'une pluie bienfaisante rafraîchit les Romains.
« De telle sorte, dit un auteur païen, qu'on voyait en même temps et dans le même lieu le feu et l'eau descendre du ciel, les uns rafraîchis et les autres brûlés ; car le feu n'atteignait pas les Romains, et l'eau brûlait les Barbares comme une huile enflammée. Inondés qu'ils étaient, ils demandaient de l'eau à grands cris, et se faisaient de larges blessures pour éteindre l'incendie qui les consumait. Dans leur désespoir ils se jetèrent au milieu des Romains, où l'eau seulement était rafraîchissante; l'empereur en eut pitié. En mémoire de ce fait, Tannée proclama Marc-Aurèle empereur pour la septième fois; et le prince voulut que la légion Mélitine s'appelât désormais la légion Fulminante. Il ne s'en tint pas là; ayant fait part au sénat de l'événement miraculeux, il