RESTAURATION DE LA COLONNE PAR SIXTE V
publia un édit pour faire cesser la persécution contre les chrétiens1. »
Cet édit, que nous avons encore, commence par cette formule qui donne une idée de la pompeuse emphase déployée dans leurs lettres officielles par les maîtres du monde : « L'empereur, César, Marc-Aurèle-Antonin Auguste, parthique, germanique, sarmatique, souverain pontife, tribun vingt-huit fois, empereur sept fois, consul trois fois, père de la patrie, proconsul, au sénat et au peuple romain K » Après la mort de Marc-Aurèle, lorsque le sénat lui eut décerné les honneurs divins, on éleva à sa mémoire la superbe colonne qui nous occupe en ce moment. Soit que le sénat ne voulût pas rendre hommage au Dieu des chrétiens de la délivrance de l'armée, soit qu'il ne voulût pas contredire l'opinion du peuple qui l'attribuait à Jupiter pluvieux, on fit graver l'événement sur la colonne; mais on figura Jupiter donnant la pluie aux Romains et lançant la foudre sur les Barbares. Beau trophée de l'erreur, vraiment! Le sénat complaisant n'est plus, le peuple aveuglé n'est plus; la colonne reste, le bas-relief reste aussi avec redit de Marc-Aurèle qui rend hommage à la vérité.
Nous cherchâmes avec empressement ce bas-relief important. A la partie supérieure on voit Jupiter pluvieux; le dieu est en demi-figure, avec une barbe de Neptune, les bras étendus, avec deux ailes déployées : à droite et h gauche la foudre sillonne l'espace. Les deux
1 Dio., in Marc. Aurel. — Xiphil., id. 1 Imp. Cjesar. M. Avrelius. Antoninvs. Avgvstvs. Parthicvs. Germanicvs. Sarmaticvs. Pontifex. maximvs. tri-
BVNITLE. POTESTATIS. XXVIII. IMP. VII. COS. III. PATER. Pa-
trle. Procos. S. P. Q. R. S. D.
armées sont an-dessous, Tune ai désordre, l'autre s'avançant Tanne au poing. Et vous croyez que le voyageur chrétien n'est pas heureux de trouver les preuves de sa foi gravées par les persécuteurs eux-mêmes sur un monument d une pareille date et d'une pareille importance! Honneur au génie de Sixte Y, à qui rien de grand n'était étranger! C'est ce pape d'immortelle mémoire qui fit relever la colonne Ântonine. La statue de Bbrc-Aurèle qui la couronnait, ainsi que les tables de marbre oii les inscriptions antiques étaient gravées, ont disparu. Ah place brille la statue en bronze doré de l'apôtre saint Paul, cet autre vainqueur des Barbares. Une inscription chrétienne, gravée par ordre du pontife, annonce la restauration de la superbe colonne :
SIXTVS. V. PONT. MAX.
COLVMNAM HANC AB OMNI IMPIETATE
EXPVRGATAM
S. PAVLO APOSTOLO
jENEA EJVS STATVA
INAVRATA IN SVMMO