LA MINERVE
sons les plus claires ne peuvent vous convaincre, vous rendrez-vous à la vérité, si je recouvre la vue par l'intercession de Marie avant que la fête de la Purification soit passée ?» La proposition est acceptée avec un sourire d'incrédulité qui disait : Notre promesse ne nous oblige à rien, la condition ne sera pas remplie. Cependant le bruit de rengagement se répand dans la vil'e. Au jour de la fête, un immense concours de chrétiens et de juifs se presse au Panthéon ; l'attente de ce qui doit arriver tient la multitude en suspens. Parvenus à grand'peine dans l'enceinte sacrée, l'aveugle entonne Y Antienne qu'il a lui-même composée en l'honneur de Marie : Salut, vierge Marie, c'est vous seule qui avez vaincu toutes les hérésies dans V univers *.
Il chante encore, et déjà ses yeux sont ouverts à la lumière : mille témoins, amis et ennemis, constatent le miracle. La stupeur et la joie s'emparent de l'assemblée; cinq cents juifs se rendent à l'évidence ; le pape luimême les baptise de sa main et inaugure ainsi le nouveau sanctuaire de la Mère des miséricordes. En mémoire du fait, l'Église a placé dans sa liturgie le chant du pieux aveugle, qu'elle redit encore de nos jours f.
Nous le répétâmes avec elle et nous quittâmes le Panthéon pour nous rendre à la Minerve. Sur la place de ce nom, située au centre de Rome, se trouve le célèbre couvent des Dominicains avec leur belle bibliothèque et leur grande église, bâtie sur les ruines d'un temple dédié à Minerve. Une tombe illustre appelle en ce lieu l'artiste et le chrétien; ici repose le bienheureux
1 Gaude, virgo Maria, cunctas haereses sola interemisti in universo mundo.
* Baron., an. 830.
Angelico de Fiesole. La double auréole de la sainteté et du génie entoure le front immortel du fils, de saint Dominique. Peintre vraiment catholique, le bienheureux Angelico mourut en 1455. Derrière l'autel de la sacristie est un petit oratoire d'où s'exhale je ne sais quel parfum d'innocence et de charité ; c'est la chambre de sainte Catherine de Sienne. Heureux habitants de la Ville éternelle, qui avez tant de lieux où la dévotion semble naître de tout ce qui vous environne !
Au milieu de la place s'élève l'obélisque égyptien consacré jadis à Neith, qui était la Minerve des Grecs et des Romains. Ce monolithe fut trouvé en 1665 dans les jardins du couvent, près d'un temple dlsis. Deux ans plus tard, Alexandre VII le fit ériger, au lieu qu'il occupe encore aujourd'hui : l'inscription fait allusion à l'éléphant qui lui sert de piédestal :
Sapientis ^Egypti insculptas obelisco figuras, Àb elephanto belluarum fortissima gestari Quisquis hic vides, documentant intellige Robustae mentis esse solidam sapientiam sustinere.
Quittant la région délia Pigna, nous entrâmes dans le Parione. Au centre de ce nouveau quartier est la place Navone; elle succède au cirque d'Alexandre Sévère, dont elle conserve la forme elliptique. Trois belles fontaines lui servent d'ornements : celle du milieu passe pour le chef-d'œuvre du Bernin. L'ensemble représente les quatre grands fleuves des quatre parties du monde : le Danube, le Gange, le Nil et la Plata. Ces statues colossales sont assises aux quatre coins d'un rocher brut, dont le sommet est couronné par un obélisque. Le rocher, percé des quatre côtés, jette quatre ruisseaux et présente une vue de caverne. Du milieu sortent un lion